La sagesse : une paix et une joie interieures

Montaigne « Notre grand et glorieux chef-d’œuvre c’est vivre à propos»

CE QUE LA SAGESSE EST

– La connaissance de l’art de bien conduire sa vie et c’est une stratégie pour conquérir le bonheur

  • Par extension, la sagesse désigne le savoir général (philosophie = philia + sophia)
  • Dans tous les courants de sagesses, il y a des valeurs universelles
    • Importance accordée à la liberté intérieure
      • Le sage ne sera plus esclave de ses croyances, de ses passions
    • La dimension de l’amour est essentielle à l’être humain où l’ego ne fait plus obstacle
      • bienveillance
      • compassion
      • respect absolu
      • empathie 
    • L’émerveillement devant la beauté du monde
    • La justice
      • La recherche de la vérité

– Une paix intérieure

  • La joie d’être avec soi-même

– Un amour profond de la vie

Montaigne « Aimer la vie« 

  • Une joie d’être en vie pour 
  • Acceptation de ce qui est, accepter le réel
    • Apprendre à ne pas être affecté de ce qui ne dépend pas de nous
      • Ne pas être déstabilisé en profondeur par les éventements contrariants de la vie 
    • Accepter le réel quand on ne peut pas le changer et l’accueillir
      • Ne pas subir le réel (un état intérieur de tristesse, de révolte, ressentiment) mais être dans  le détachement qui est une joie profonde, une libération de l’ego
        • C’est le regard que nous avons sur le réel qui le transforme
    • Épictète « Parmi les choses qui existent, les unes dépendent de nous, les autres ne dépendent pas de nous »
      • les trois « disciplines » fondamentales pour le stoïcien
        • maîtriser son « aversion » et son « désir »
        • exercer son jugement en dehors de tout préjugé, de toute impulsion
        • déterminer son action, c’est-à-dire sa capacité réelle au bonheur, en fonction de sa liberté
    • Accepter la crise (crisis = nécessité de choisir) comme une occasion de progresser, de croissance et pas comme un obstacle qui nous écrase

Nietzsche « ce qui ne me tue pas me rend plus fort » 

      • Le sage a travaillé suffisamment en profondeur car même en cas de malheur il ne perd pas sa sérénité et l’amour de la vie
      • Le sage (à la différence du saint) recherche le bonheur dans l’ici-bas
        • Il ne se préoccupe pas d’une récompense dans l’au-delà car ce serait ne pas aimer pleinement la vie telle qu’elle est
  • Une fluidité par rapport à la vie, ne plus être en lutte : accompagner le mouvement de la vie

– Etre en harmonie, un équilibre et ne pas être dans les excès

  • Rechercher la modération (Épicure), le juste milieu, la juste mesure (Aristote) = les vertus des grecs = ne pas être dans les extrêmes
    • pratiquer des exercices spirituels qui permettent de devenir plus vertueux (e.g. trainer un hareng mort derrière soi sur l’Agora)

– Une liberté intérieure : un travail où on mobilise les forces de l’esprit pour ordonner ses pulsions, ses passions, ses émotions

  • Se libérer de l’esclavage vis à vis de nos passions
    • On ne naît pas libre on le devient par un travail sur soi et c’est progressif
      • Le mythe de la caverne de Socrate = sortir de la prison de l’illusion
        • être lucide sur soi, se connaître
        • faire sauter les préjugés, les a priori
      • Socrate ne cesse pas de philosopher et d’interroger les autres dans les rues d’Athènes (la maïeutique)
      • Spinoza « ne pas rire, ne pas pleurer mais comprendre« 
        • Le sage travaille à la connaissance des mécanismes des passions pour accéder à une joie profonde
          • Il n’est plus esclave de lui-même, une maîtrise de soi
    • Quitter notre petit moi qui est le conditionnement de nos pulsions
      • L’ego nous fait nous identifier à lui mais nous ne sommes qu’une partie du tout
        • Se libérer par la connaissance des mécanismes de l’ego qui nous enferme dans des fonctionnement compulsifs, névrotiques (mettre à jour son inconscient pour ne pas reproduire les mêmes choses)
 CE QUE LA SAGESSE N'EST PAS

– Pas adhérer à une religion

  • Qui a une dimension collective (religere = relier) en reliant des individus entre eux, une fonction sociale, un clergé
    • Alors que la sagesse est personnelle, c’est un travail d’un individu sur lui-même (même si il vit en communauté), une quête personnelle

– Pas une spiritualité religieuse (e.g. la démarche des mystiques) qui recherche le bonheur dans l’au-delà

  • Alors que le sage recherche le bonheur dans l’ici-bas, ne se préoccupe pas d’une récompense dans l’au-delà (le saint) car ce serait ne pas aimer pleinement la vie telle qu’elle est
    • Aimer la vie, y compris les souffrances et la mort

– Pas la domination de notre ego (notre moi) qui  veut tout maîtriser et il nous rend globalement malheureux au lieu d’accepter le réel : il a tendance à structurer notre vie psychique en

  • Attraction/répulsion, une vision manichéenne de la vie  => repousser tout ce qui nous fait peur (la peur de mourir)
    • L’agréable et le désagréable est la loi fondamentale de l’ego
  • L’envie => qui nous pousse à aller vers l’assouvissement de tous nos désirs
  • Un besoin de reconnaissance, d’approbation des autres
    • Il faut quitter l’illusion de l’ego qui fait que l’on se sent séparé des autres et du monde, source de beaucoup de souffrance qui nous empêche d’être en harmonie avec soi-même et le monde
      • Lâcher la puissance de son mental, ne plus être l’esclave de son ego (attraction/répulsion)
      • Lâcher la pensée pour être pleinement présent à ce qui se passe, la fin de la maîtrise
        • Le sage est pleinement dans le détachement, ne lutte plus, accepte ce qui est, le réel, aime pleinement l’être, une joie profonde : une libération de l’ego
      • Ne pas recevoir le réel par le filtre de l’ego, travailler sur nos émotions, nos passions, un travail sur soi
      • Lâcher l’ego, plutôt que de le tuer, un lâcher prise, ne pas rentrer dedans, mais s’aimer soi-même pour pourvoir aimer les autres : « Aime ton prochain comme toi-même »

– Pas la rechercher une vie heureuse dans un au-delà (e.g. les religions monothéistes)

  • Mais être dans l’ici et maintenant
    • Le sage se donne des règles de vie fondées sur la raison et l’expérience qui lui permettent de progresser

– Pas la recherche d’un maximum de plaisirs (définition moderne du bonheur), un état de puissance émotionnelle très grande qui ne dure pas, l’excès

  • Le devoir de prendre conscience de sa propre mesure : la connaissance de soi, de notre personnalité, de notre sensibilité, de notre nature singulière pour se réaliser, s’épanouir de telle ou telle manière (on peut être fait pour être un forgeron, un artiste, un solitaire, etc.
    • L’abandon de l’hubris (la démesure, l’orgueil), le plus grand crime pour les grecs (Phidias a été chassé d’Athènes le jour où il a signé son nom au bas d’une de ses statues)
  • Rechercher un état stable et serein
    • Ne pas aller dans les extrêmes des émotions de la grande joie à la dépression
      • La joie de la sagesse est profonde et sereine, une joie calme, une joie d’exister sans l’euphorie qui est illusoire, un amour profond de la vie
        • Le sage est dans une joie profonde, une paix intérieure, non liée aux événements extérieurs
          • Il est touché par la misère du monde sans perdre lui-même sa sérénité
LE CHEMIN VERS LA SAGESSE

La question de la vérité pratique : comment mener une vie bonne ?

  • La sagesse ne s’intéresse pas à la métaphysique, ne recherche pas la vérité ultime (Dieu existe ?) qui est inatteignable par notre expérience, par nos perceptions (Kant)
  • La sagesse est fondée par la philosophie grecque (la philosophie de l’antiquité) et les orientaux : la quête d’une vie bonne, heureuse qui est une conversion du regard sur la vie
    • Comment vivre bien ici et maintenant ?
    • Comment ne plus souffrir ?
    • Comment accepter le réel tel qu’il est ?
      • Comment ne pas vouloir le transformer en fonction de nos désirs : un grand oui sacré à la vie

– C’est une démarche personnelle

« Notre grand et glorieux chef-d’œuvre c’est vivre à propos » Montaigne

  • Une quête personnelle
    • C’est un travail de l’individu sur lui-même
      • Une décision, des choix, une orientation de vie
        • Gandhi :  » Soyez le changement que vous voulez dans le monde« 
          • Commencer à  se changer soi-même pour améliorer le monde par exemplarité 
    • C’est une progression, la vie est une école, il y a des étapes de maturation dans la sagesse
      • Aristote : la sagesse s’acquière par l’expérience
    • L’individu cherche à s’améliorer, une transformation (métanoïa) qui n’a pas besoin de s’appuyer sur un système religieux de croyances (différence entre le sage et le saint)
      • Afin d’arriver à une vie bonne, une vie heureuse, une paix, une harmonie, le bonheur
  • Pour trouver ce qu’on appelle le bonheur qui est un état (pas un moment comme dans le plaisir)
    • stable (on n’oscille pas en permanence par des hauts et des bas)
    • et profond (pas superficiel, touche à la profondeur de l’être) qui ne dépend pas des circonstances extérieures,
      • Un état durable, une harmonie = la vie bonne
  • Transformer notre regard pour ne plus dépendre des conditions extérieures
    • Une intériorité comme paix intérieure durable
      • Le sage a suffisamment travaillé en profondeur pour ne pas perdre la sérénité lorsqu’il lui arrive un malheur
      • Une joie d’être avec soi-même
  • Un travail avec l’aide de la raison, une dimension rationnelle  (le « noûs » chez Aristote, le « logos » chez les stoïciens)
    • Mobiliser les force de l’esprit (proche de la spiritualité, spiritus = la vie de l’esprit), mobiliser sa raison
      • Faire tout un cheminement pour ordonner ses passions, ses émotions, ses pensées en vue d’acquérir un état de sérénité, de paix, de bonheur, d’harmonie

Un travail d’intériorité, désir d’une lucidité, d’une conscience juste de soi-même

Au fronton du temple d’Apollon à Delphes : « Connais-toi toi-même et tu connaîtras le monde et les dieux » – « Gnothi seauton » – « Nosce te ipsum »

  • Connaître les lois universelles inscrites au cœur de l’être humain et les mécanismes généraux de l’esprit : les affects, les passions
    • Savoir qui nous sommes vraiment
      • Spinoza : nous sommes fait pour la joie, mais il y a plein d’obstacles pour y accéder, parasité par les affects
        • On chemine dans la sagesse parce qu’on a déjà expérimenté la joie, on veut la retrouver.
    • Nous sommes une nature humaine faite d’instances, qui ne sont pas séparées : plusieurs dimensions dans l’homme
      • 1) le corps physique : la sensibilité, il conditionne aussi notre esprit
        • Ne pas s’identifier à notre corps et nos émotions
          • L’esprit permet de mettre une distance
      • 2) le corps psychique : les affects, les passions
      • 3) le corps spirituel : une instance supérieure, le noûs, la raison des modernes, l’intelligence, le siège de l’esprit, « la fine pointe de l’âme », le siège du divin
        • où demeure une joie profonde, une impassibilité : peut être découvert par la méditation pour dépasser notre état de confusion
        • nous aide à nous ordonner en vue de trouver une harmonie, une sérénité
  • Différentes méthodes, e.g. 
    • Socrate, les courants de sagesse
      • recherche d’un équilibre
      • connaître ses passions
      • savoir maîtriser ses passions
    • La psychanalyse
      • dénouer des nœuds de notre enfance en vue de nous sentir mieux

Aimer la vie, dire OUI à la vie

  • Exister est un fait, vivre est un art : on peut choisir d’apprendre à vivre
    • Accueillir la vie telle qu’elle est
      • Accompagner la vie : « Aimer la vie » Montaignes
      • S’ajuster aux événements de la vie en transformant notre regard, en ne subissant pas la vie

Vivre dans l’instant présent : la conscience de l’instant présent

Lucrèce « Carpe diem » (cueille le jour qui vient)

  • Rester concentré sur son travail ce qui donne du plaisir
    • L’attention à ce que l’on fait, aux sensations
      • en terme moderne = la « pleine conscience » => le cerveau secrète de la sérotonine et dopamine
  • On vit l’éternité dans l’instant
    • André Comte-Sponville « regretter un peu moins, espérer un peu moins et aimer un peu plus » 
      • Ne pas être dans le passé, on ressasse (les regrets)
      • Ne pas être dans le futur, on l’appréhende (l’angoisse)
      • Mais chercher à avoir une vie heureuse ici et maintenant et non pas subissant des règles extérieures dans l’espoir d’un au-delà : antithèse avec les religions monothéistes

Intégrer le problème de la mort 

Montaigne : « philosopher, c’est apprendre à mourir »

  • Accepter la mort qui ne dépend pas de moi : la recherche d’une sérénité devant la mort
    • On ne sait pas quand on va mourir et de quelle manière
      • Aimer la mort qui fait partie de la vie
    • Socrate est mort avec beaucoup de sérénité
      • alors que Jésus est angoissé au jardin de Gethsémani devant la mort
    • Pour un indien l’inverse de la mort est la naissance, la mort n’est qu’un moment, une conception cyclique qui dédramatise
    • Pour un chrétien, la mort est un passage vers un autre monde : l’au-delà

Poser des actes justes pour donner le meilleur de soi-même

  • Accomplir sa nature sans faire souffrir les autres et la Nature : respecter la vie
    • La liberté (Sartre « l’authenticité« )
  • L’être est bien plus important que l’avoir, l’intériorité plus important que les choses extérieures
    •  Sortir de la logique de l’avoir, de l’extériorité, de la possession (« ma femme », « mes enfants »)
      • Entrer dans la qualité d’être
        • Le mieux être et pas le toujours plus
        • Passer de la quantité (le rendement, le profit, l’efficacité, la compétition) à la qualité (de vie, d’être, de relations amicales) où on est plus heureux : passer du toujours plus au mieux être
          • Saint Augustin  » le bonheur, c’est continuer à désirer ce que l’on possède déjà « 
            • On est malheureux parce qu’on désire toujours plus
            • Toujours des désirs insatisfaits, on se lasse, les désirs mimétiques (envie de posséder ce que les autres possèdent) sans fin (toujours qqun qui possédera ce que je n’ai pas) 
              • Se contenter de ce que l’on a est une base pour se rendre la vie supportable, et pas une accumulation matérielle
Au fronton du temple d'Apollon à Delphes

« Connais-toi toi-même et tu connaîtras le monde et les dieux » – « Gnothi seauton » – « Nosce te ipsum »

Jésus

« Aime ton prochain comme toi-même » : commencer d’abord par s’aimer soi-même

Épictète

Le Manuel « Parmi les choses qui existent, les unes dépendent de nous, les autres ne dépendent pas de nous. Dépendent de nous : jugement de valeur, impulsion à agir, désir, aversion, en un mot, tout ce qui a affaire à nous. Ne dépendent pas de nous, le corps, nos possessions, les opinions que les autres ont de nous, les magistratures, en un mot, tout ce qui n’est pas notre affaire à nous. »

Michel Eyquem de Montaigne

Essais, III, 3 « Notre grand et glorieux chef-d’œuvre c’est vivre à propos. Toutes autres choses, régner, thésauriser, bâtir, n’en sont qu’appendicules et adminicules pour le plus. »
« aimer la vie »
« philosopher, c’est apprendre à mourir »

Spinoza

« un grand oui sacré à la vie »

Alain

 » Le contraire de la sagesse, c’est exactement la sottise « 

André Comte-Sponville

«  La sagesse, c’est le bonheur dans la vérité. C’est le maximum de bonheur dans le maximum de lucidité « 

« regretter un peu moins, espérer un peu moins et aimer un peu plus« 

=================== CONFERENCES =================

Chemins de la sagesse >>> https://www.franceculture.fr/emissions/chemins-de-sagesses

Connaissance de soi et désintérêt de soi avec François Roustang >>>
https://www.franceculture.fr/emissions/les-racines-du-ciel/connaissance-de-soi-et-desinteret-de-soi-avec-francois-roustang

Robert Misrahi parle des affects et du désir chez Spinoza >>> https://www.youtube.com/watch?v=tt-0TYjoLGg