Le temps

Boileau «  Hâtons-nous ; le temps fuit, et nous traîne avec soi : Le moment où je parle est déjà loin de moi »

– Provient du latin tempus (de la même racine que le grec ancien τεμνεῖν – temnein, couper), qui signifie couper, qui fait référence à une division du flot du temps en éléments finis, couper en tranches

  • Le temple (templum) dérive également de cette racine et en est la correspondance spatiale (le templum initial est la division de l’espace du ciel ou du sol en secteurs par les augures)

  • Le mot « atome » (« insécable »), du grec ἄτομος (atomos = non coupé, indivisible) dérive également de la même racine

  • ce qui est dans l’éternité n’a pas de début et pas de fin (e.g. Dieu)

  • ce qui est dans la durée a un début mais pas de fin (e.g. les anges)

  • ce qui est dans le temps a un début et une fin (e.g. les phénomène physiques)

LA CONSCIENCE DU TEMPS

– On doit la notion de temps et l’émergence de ses caractères essentiels probablement à la perception du changement et de la succession

  • Le sentiment de la permanence et du changement, d’où sont issus les premiers concepts métaphysiques de substance et d’accident

  • La substance est le socle universel que l’on peut appeler l’Être

    • On ne peut la comprendre que par elle-même mais c’est elle qui explique tout. C’est la plénitude, la perfection de l’Être

    • C’est ce qui est sous les qualités (ce qu’on voit, le rouge de la table), c’est le support, e.g. le plastique qui est en dessous et qui ne change pas

      • On oppose substance et qualité qui elles sont contingentes et qui peuvent être variables (elles sont portées par la substance)

    • La substance est derrière les aspects de la matière (les qualités visibles) et est qque chose de stable (e.g. les atomes, ce l’on appelle l’Étendue au 17e)

  • La notion de simultanéité (ou synchronie) : permet d’exprimer l’idée qu’à un même moment, des événements en nombre peut-être infini se déroulent conjointement, a priori sans aucun rapport les uns avec les autres

  • La notion de succession (ou diachronie) => les notions de l’antériorité et la postériorité

    • Deux événements ne sont pas simultanés, c’est que l’un a lieu après l’autre – de sorte que d’innombrables événements successifs semblent se suivre à la chaîne sur le chemin du temps

      • Deux moments ressentis comme différents sont ainsi nécessairement successifs

  • Les notions de durée et d‘irréversibilité

    • De la simple succession la durée ne peut être déduite

      • En effet, quand un même film est projeté à une vitesse plus ou moins grande, l’ordre des événements y est conservé, mais pas la durée

      • La projection à l’envers ne correspond à rien dans l’expérience du temps, qui est lui, irréversible

– Le temps nous demeure abstrait et insaisissable malgré la conscience très vive que l’on en a

  • Tous les hommes ont la même expérience intime du temps

    • Le temps est paradoxal

      • il est à la fois familier parce qu’il est partout (tout ce que nous percevons est dans le temps) et cependant il n’est nulle part car nous ne percevons jamais le temps comme tel

      • On peut dire du temps à la fois qu’il ne dépend pas de nous (nous ne pouvons pas ne pas être concerné par lui) et qu’il dépend de nous (notre volonté peut le vivre de tel ou tel manière)

    • Il y a quelque chose en nous qui passe et dont le passage s’effectue malgré notre volonté

      • Les ravages du temps auxquels on assiste impuissant dans l’expérience de la vieillesse où le temps nous apparaît encore plus comme qque chose qui suit irrémédiablement son cours

=> une expérience du temps dans sa chair, et personne ne peut s’y soustraire

    • L’irréversibilité du cours du temps

  • Il faut du temps pour penser le temps

    • Une difficulté pour penser le temps en raison d’une proximité qui nous relie à lui car nous sommes constitués de temps

      • Merleau-Ponty : « Le temps fuse en nous » comme les battements de son cœur et donc le temps n’est pas un objet quelconque

        • Nous sommes mêlés au temps de manière inextricable

        • Nous ne pouvons pas faire que le temps s’arrête

  • Tout le monde sait de quoi il retourne lorsque l’on parle du temps : on en a une intuition immédiate. Sa signification est évidente quand il est employé au sein d’une phrase mais dès que l’on veut le définir isolement (extrait du flux verbal) alors il devient une énigme, il est insaisissable => est-il une substance particulière ? existe-t-il par lui-même ? est-il un produit de la conscience

St Augustin, Les confessions (§ Le temps, chapitre 11) « Ce mot, quand nous le prononçons, nous en avons, à coup sûr, l’intelligence et de même quand nous l’entendons prononcer par d’autres. Qu’est-ce donc que le temps ? Si personne ne m’interroge, je le sais ; si je veux répondre à cette demande, je l’ignore »

– Qu’est-ce qu’avoir conscience du temps ?

  • C’est avoir conscience qu’il est fait d’instants qui se succèdent (on analyse le cours du temps)

    • La nature paradoxale du temps qui n’a d’être qu’en cessant d’être

    • Toute existence humaine prend principalement conscience du phénomène du temps sous la forme du « temps qui passe »

      • Quand on dit que « le temps passe », on veut dire que le futur devient du présent et que le présent devient du passé

        • Le passage du temps = la succession des 3 moments du temps (le passé, le présent, le futur)

          • Le présent étant la jointure entre

            • l’avenir caché et désiré

            • et le passé certain et connaissable

      • La fonction essentielle du temps = remplacer, renouveler en permanence ce que nous appelons « l’instant présent »

        • Il y a sans cesse du présent => Le temps est cette chose qui renouvelle l’instant présent

        • Le temps ne passe pas mais il fait passer la réalité : la réalité ne cesse pas de passer et le temps qui la fait passer ne passe pas

          • La seule chose dans l’univers qui ne passe pas c’est le temps car il est toujours là en train de renouveler l’instant présent

            • Une invariance, une immobilité du temps, il est toujours là et tous les instants ont le même statut

      • L’image du fleuve est souvent utilisée pour parler du temps

Héraclite : « on ne se baigne jamais dans le même fleuve »)

        • On attribue au temps les propriétés des fleuves : on parle comme si le temps avait une vitesse, et même parfois une accélération => mais une vitesse pour le temps ne veut rien dire (car la vitesse est définie en fonction du temps)

        • L’axe du temps a été construit à partir de l’image du fleuve

          • Mais dans quel espace on trace l’axe du temps ?

        • La gravité est le moteur du fleuve (l’amont est plus haut que l’aval), mais quel est le moteur du temps ? => Newton le note avec la flèche sur l’axe du temps

          • On ne peut pas rester scotcher à un instant donné : qu’est ce qui fait que ça avance ? Qu’est-ce qui fait que l’on ne peut pas rester en place dans le temps, au même instant présent  ? Quelle est cette force qui renouvelle l’instant présent ?

            • Est-ce que le moteur du temps c’est le temps même ? Il aurait sa propre dynamique

            • Est-ce que c’est l’expansion de l’Univers ?

            • Est-ce que c’est nous-même ? Notre conscience en nous qui temporalise l’Univers ?

      • Mais le temps suppose à la fois changement et permanence (tout comme une rivière qui semble demeurer identique à elle-même alors que l’eau s’écoulant n’est jamais la même)

        • L’être humain constate en effet trivialement que des « objets » de toutes sortes sont altérés par des « événements » et que ce processus prend place dans un temps partagé par tous ceux qui ont conscience de son cours

          • Ces objets, ou du moins leur substance, sont cependant censés demeurer les mêmes, numériquement, malgré les changements qu’ils subissent (pourquoi restons-nous ma même personne alors que nous changeons tout le temps ? => le paradoxe du bateau de Thésée)

– Est-ce que le temps est objectif (Il est intrinsèquement indépendant de nous comme le suggère la science ? Une réalité objective, extérieure à nous ? Une propriété fondamentale de l’Univers ?) ou bien alors il est assujetti au sujet que nous sommes (Kant : une forme a priori de notre sensibilité qui structure les phénomènes ? Il existe un temps vécu différent du temps mécanique des horloges ?)

  • Le temps de la science, le temps physique : dans sa théorie de la gravitation universelle Newton a mathématisé le temps => c’est la variable t dans les équations de la physique moderne

    • C’est une grandeur physique homogène et mesurable qui se réduit à une suite discontinue d’instants ponctuels

    • C’est le temps des horloges, le temps des physiciens qui exprime l’invariance des lois physiques au cours du temps (le temps ne change pas au cours du temps sa façon d’être le temps)

      • Pour la physique, l’instant présent est un instant comme les autres : c’est un instant banal

    • C’est une mesure de l’évolution des phénomènes

      • Une notion qui rend compte du changement dans le monde

      • Nota : selon la théorie de la relativité, le temps est relatif (il dépend de l’observateur), et l’espace et le temps sont intimement liés

    • Il y a l’irréversibilité du temps (« le cours du temps »)  : le changement irréversible de l’instant présent (impossibilité de revenir dans un instant du passé)

      • Le temps n’a pas besoin que quelque chose se passe pour passer

      • Une permanence : il ne change jamais sa façon d’être dans le temps

      • Il est homogène : tous ses instants ont le même statut, ils sont équivalents (2 instants qui se succèdent ne peuvent pas exister ensemble )=> la variable temps ne dépend pas du temps

        • Permet d’établir un écart entre les instants du passé et ceux du futur

        • Le temps homogène dit que les lois physiques ne changent pas au cours du temps (e.g. le four à micro-ondes qui ne fonctionne plus mais on ne remet pas en cause les lois de Maxwell)

    • L’irréversibilité des phénomènes dans le temps

          • Certains systèmes physiques ne retrouveront jamais leur état du passé : e.g. le café au lait, on ne pourra jamais revenir à du café d’un coté et du lait de l’autre => le système ne peut pas retrouver l’état qu’il avait dans le passé

          • L’homme qui vieillit

=> Ce qui nous fait vieillir ce n’est pas le passage du temps, mais ce qui se passe dans le temps

  • Le temps psychologique qui s’impose à nous, il a une réalité pesante, on a une perception des durées : quel rôle joue le cerveau dans notre rapport au monde, dans la construction de nos connaissances à propos du temps ?

Paul Valery « Attendez la faim, empêchez-vous de manger et vous verrez le temps »

    • La durée est un temps subjectif tel que nous le vivons et qui transcende toujours l’instant ponctuel en empiétant sur le passé et l’avenir

      • L’expérience concrète de l’attente : le temps peut sembler se dilater à l’infini (e.g. nous forcer à poser notre main sur un poêle pendant 1 seconde qui semble nous durer alors plusieurs minutes) ou bien alors se contracter (e.g. le moment passé avec l’être que l’on aime où 1 heure) => l’épaisseur quasi matérielle d’une durée

    • Une réalité intérieure à nous, un produit de l’observation intellectuelle et de la perception humaine ? Le temps est-il un pur produit de notre conscience ou existe-t-il en dehors d’elle ?

      • Le rôle, la faculté organisatrice de l’âme : le temps est ce qui peut être nombré, il présuppose la conscience de la durée

      • Il y a les effets du temps sur les choses qui nous sont extérieures

        • En l’absence de toute conscience, le monde ne serait pas pour autant un chaos, il serait toujours réel, toujours soumis à un ordre successif : celui des jours et des nuits, des saisons, des astres. Le mouvement des choses qui en modifie l’aspect et la position démontre l’action du temps

    • L’expérience subjective vécue nous révèle également les caractères du temps

      • extérieur : temps « contenant » ou temps subi, temps calendaire ou social

      • intérieur : temps « agit » – individuel – ou vécu, psychologique ou intrapsychique

    • Saint Augustin : le temps est la dimension de ma conscience qui se reporte à partir de son présent vers l’avenir dans l’attente, vers le passé dans le souvenir et vers le présent dans l’attention

      • Une dimension énigmatique du temps : le passé n’est plus, l’avenir n’est pas encore et le présent n’est pas toujours présent

      • Problématique : comment mesurer un présent qui est « dénué d’étendue », qui ne dure pas => Le temps n’existe que dans la mesure où il est présent  = c’est à partir du présent que nous envisageons le passé, le présent et le futur

« C’est donc une impropriété que de dire : il y a trois temps, le passé, le présent et le futur. Il serait sans doute plus juste de dire : il y a trois temps : le présent du passé, le présent du présent, le présent du futur […] Le présent du passé, c’est la mémoire ; le présent du présent, c’est l’intuition ; le présent de l’avenir c’est l’attente »

        • La mémoire = le présent du passé

        • La perception = le présent du présent

        • L’attente = le présent de l’avenir

      • Comment je peux être dans le présent et sentir que le temps passé ? (quand on est dans le fleuve on ne sent pas que le fleuve est en train de couler, on ne peut le voir couler que de la rive)

    • Husserl, « la conscience habille le présent de ce voisinage » : une capacité intégrative de la conscience pour percevoir le cours du temps => la conscience fait une intégration, une synthèse, elle fait coexister en elle des instants successifs

      • Le temps tel qu’il est perçu a une certaine extension temporelle, on intègre, rassemble en une certaine durée des instants qui ne coïncident pas dans le temps physique => l’écoulement du temps se constitue toujours à partir de protention, impression et rétention, c’est comprendre que ces instants successifs font partie d’une même série => l’idée d’un continuum

        • La musique : pour qu’il y ait une mélodie, la note précédente est comme retenue avec la note suivante

        • Le Père Bourdin (rapporté par Descartes dans les réponses à ses méditations) : pense que l’horloge a sonné 4 fois 1 heure alors qu’elle a sonné 4 heures => il a une perte de la capacité intégrative, i.e. une incapacité de compter les différents termes de la suite

    • Par rapport à tous les instants, le présent occupe pour nous une place singulière

      • L’instant présent est l’instant où nous sommes présent : il est singulier pour nous

        • Mais la physique nous dit que le cours du temps est homogène et donc que l’instant présent n’est qu’un instant banal sur la ligne du temps physique, rien ne le distingue des précédents ou des successeurs

        • Par définition : tout instant du temps a été ou sera présent, sinon c’est un instant qui ne fait pas parti du temps => par quoi l’instant présent (physiquement quelconque) devient-il pour nous singulier ?

– Le temps éveille en nous la possibilité d’une conscience morale

  • Il place notre existence sous le signe de l’irréversibilité : quand je me reproche mon passé, je ne peux rien faire pour que ce que j’ai fait dans le passé ne soit pas arrivé => je porte le poids de mon passé

  • Le poids du passé m’amène à me soucier de ma vie

DES DEFINITIONS DU TEMPS

– Qui est légitime à parler du temps ?

  • Les philosophes ? qui ont construit des doctrines sur le temps

    • C’est l’évanescence  = c’est une arène intemporelle qui accueille la suite des événements ?

    • Dépend de la conscience ou bien alors au contraire le temps est un être physique qui ne dépend pas de la conscience ?

    • Une fabrication culturel ? il n’existe pas dans toutes les cultures

  • Les physiciens ? à partir surtout de Newton, le temps devient un paramètre important de la physique

  • Nous ? par notre façon d’en parler nous nous approcherions de sa vérité ?

  • Les historiens ? qui racontent la suite des événements

– Définir le temps est difficile : une polysémie du mot temps => il peut désigner : la succession, la simultanéité, la durée, le devenir, l’urgence, etc.

  • Définir c’est rapporter à un autre concept plus fondamental, mais il n’existe pas de concept plus fondamental que le mot temps, impossible de trouver des termes plus fondamentaux pour le définir : c’est « un mot primitif » (Pascal), un terme premier (comme l’espace, le nombre, l’égalité, la  conscience ), car

  • Nota : le mot temps est apparu chez les philosophes bien avant les physiciens

– Des impossibilités se manifestent nécessairement

  • il ne peut pas ne pas y avoir du temps = il ne peut pas ne pas y avoir de nouveau ou d’imprévu

  • On ne peut pas ne pas penser au temps

  • On ne peut pas ne pas poser la question du temps

  • On ne peut pas ne pas savoir de quoi il est question quand on parle du temps

– Définir le temps en lui-même semble au-delà de nos capacités

  • Le temps se révèle dans chaque expérience

  • Parce que nous sommes tout à la fois dans le temps, et nous-mêmes du temps (physiquement et psychiquement)

    • C’est temporellement que l’on pense le temps : nous sommes à la fois juge et parti, je suis acteur et spectateur, je suis à la fois sujet et objet de ce que j’essaye de penser, je ne suis pas accidentellement temporel mais je suis profondément temporel, l’homme est du temps (e.g. ses mécanismes internes)

    • Celui qui essaye de penser le temps est comme dans la situation du baron de Munchausen (se sortir de la situation en se tirant lui-même par les cheveux)

– Au questionnement sur le temps, la plupart des cultures donnent des réponses qui tournent autour des mêmes thèmes dictés par la condition humaine

  • L’immortalité des dieux ou l’éternité de Dieu

  • La permanence du cosmos et la vie fugace de l’homme

– Une vision cyclique de l’ordre temporel (prévalant par exemple en Inde) ou une vision linéaire du temps (prévalant en Occident)

  • Des représentations en spirales, en cercles => le temps est un éternel recommencement, l’aspect cyclique et répétitif de l’histoire des hommes

    • Cycle des jours, des saisons, de la vie… la régularité du retour de certains événements donne une mesure plus précise

    • Dans le brahmanisme et l’hindouisme, la croyance en un renouvellement cyclique et infini, où périodes de destruction et de reconstruction se succèdent pour redonner naissance au même Univers : une renaissance et un retour éternel

      • l’Homme dans le bouddhisme : la croyance en la réincarnation chez l’homme

  • Le temps représenté de façon linéaire : une évolution, une transformation irréversible, un passage de la naissance à la mort… mesuré par exemple par la combustion d’une bougie

    • Avec l’avènement du christianisme se produit un changement de paradigme radical : au temps circulaire, qui prenait ses références dans les cycles de la nature, s’est substitué un temps linéaire, adapté au récit historique et à l’attente messianique

    • On se le représente avec le futur devant et le passé derrière lui

      • Les expressions : « se retourner sur son passé », « avoir l’avenir devant soi »

    • La Bible présente le temps comme une révélation, car c’est Dieu qui le crée et en offre l’« usage » aux hommes

      • Dieu (qui est en dehors du temps) se joue des temps historiques pour intervenir dans la destinée des hommes, au moins par ses actions de grâces

        • une dualité différente des croyances indiennes : le temps est complètement borné par la Création et l’Apocalypse

        • il est en même temps considéré comme universel, car d’origine divine

        • le temps chrétien est un temps d’espérance, de promesse, de délivrance attendue : sa fin même est un retour vers le divin

– Le principe de causalité donne une définition implicite du temps : le temps est l’ordre de l’enchaînement des causes et des effets

– La généralisation de la mesure du temps a changé la vie quotidienne, la pensée religieuse, philosophique, et scientifique

  • Le temps a longtemps été défini en fonction de phénomènes d’origine astronomique

    • Les phénomènes périodiques naturels ont permis d’établir très tôt une référence de durée, le calendrier, et donc de quantifier le temps, c’est-à-dire lui associer un nombre et une unité, en effectuer une mesure

      • Aux temps modernes, des phénomènes périodiques artificiels ont permis de mesurer des durées plus courtes avec des horloges

    • La seconde est issue historiquement du jour (qui est lié à la période de révolution de la Terre sur elle-même), qui est subdivisé en heures, minutes et secondes

      • La réalisation de la première horloge atomique en 1947 a permis d’adopter par la suite la définition de la seconde connue, et qui est plus rigoureuse, d’un point de vue scientifique, que la définition historique basée sur des phénomènes astronomiques.

  • La mesure de la durée, c’est-à-dire du temps écoulé entre deux événements, se base sur des phénomènes périodiques (jours, clepsydre, oscillation d’un pendule…) ou quantiques (temps de transition électronique dans l’atome par exemple)

– Le temps historique se mesure par ses conséquences concrètes (.e.g visible par la superposition de strates géologiques, de cercles de croissance des arbres), il est découpé en trois périodes

  • Le passé = ce qui n’est plus, avant le présent

    • C’est l’accumulation, l’organisation des temps antérieurs, selon des rapports chronologiques (succession) et chronométriques (les durées relatives)

  • Le présent = la limite entre le passé qui n’est plus, et le futur qui n’est pas encore

    • C’est une abstraction : personne ne vit un présent pur, réduit à une durée nulle

      • Chaque instant correspond à un présent révolu : l’instant est le produit de la projection du présent dans la série successive des temps

  • Le futur = ce qui n’est pas encore, après le présent

    • C’est l’ensemble des présents à venir. Seuls les contenus à venir, les événements futurs, sont susceptibles d’être encore modifiés => l’avenir n’est pas encore

  • Une certaine dissymétrie entre passé et avenir

    • le souvenir certain

    • et l’attente incertaine

– Le temps peut être défini comme une prison à roulettes : on est bloqué dans l’instant présent et ça avance

  • Le temps est le symptôme de notre emprisonnement (on ne peut pas se déplacer dans l’axe du temps)

    • Alors que l’espace est le symptôme de notre liberté (on peut aller et venir dans l’espace, choisir notre position dans l’espace)

  • Le temps est « linéaire » veut dire

    • que l’on ne peut pas rester à la même place

    • et que l’on ne peut pas passer 2 fois par le même instant

  • La représentation du temps est contrainte par le principe de causalité  : tout événement qui se produit est l’effet d’une cause qui le précède, rien n’advient sans cause => antériorité de la cause sur l’effet

    • Le passé est donc intouchable : si quelque chose a eu lieu, il sera éternellement vrai qu’il a eu lieu, même si il n’y en a plus de trace, plus de témoin

=> interdiction des voyages dans le temps qui pourrait modifier des événements qui ont déjà eu lieu et qui on déjà eu des conséquences, des effets

  • La question qui reste posée : qu’est ce qui pousse ? = quel est le moteur du temps ?

    • L’éternalisme , l’hypothèse de « L’univers bloc » (une interprétation de la relativité qui avait beaucoup séduit  d’Einstein) : l’espace-temps s’est déployé de tout éternité , il n’a pas d’histoire, il est statique = le futur est déjà là et on va vers lui

      • Le futur est déjà là mais nous on n’y est pas encore, le futur existe déjà dans l’avenir quelque part dans un lieu de l’espace-temps (comme les villes sont là même en notre absence) => le voyage dans le futur est possible

      • Le cours du temps est une fabrication de notre conscience = c’est notre propre mouvement d’observateur dans l’espace-temps qui nous donne l’impression que « le temps s’écoule »

        • C’est nous qui créons le cours du temps comme un voyageur dans un train qui bouge mais le paysage ne bouge pas (l’observateur croit que « le paysage défile »)

– Un vocabulaire spatial appliqué au temps : où est le présent une fois qu’il devient passé ? Où est le passé, as-t-il un lieu ?

  • Est-ce que le passé est un lieu qui existe encore mais où on n’y est pas ou bien alors c’est le néant ?

  • Demain, c’est un événement qui est déjà quelque part à attendre que l’on arrive ou bien demain pour le moment c’est le néant ? Et c’est la suite des instants fabriqués par le cours du temps qui fera que demain va arriver => On ne sait pas répondre si le futur existe déjà dans l’avenir

La vision ancienne du temps

– La question de l’être du temps est extrêmement complexe puisque l’être et le temps forment a priori un couple antithétique, un oxymore

  • L’être est stable et immuable alors que le temps est le principe même du changement et du devenir

    • L’histoire du concept du temps, comme celle de l’Être = l’opposition entre Parménide et Héraclite

  • La philosophie grecque pense d’abord le temps selon sa réalité cosmique et cyclique = identification du temps au « mouvement » du « Tout »

– Pour les grecs anciens

  • Le cosmos avait toujours existé et contrairement aux Hébreux, les grecs étaient étrangers à l’idée de création

    • Le Chronos (Χρόνος : « temps, durée de temps ») la figure effrayante du temps qui dévore ses enfants, est le tout du temps, relatif au présent : « Hier était le jour précédent et demain sera le jour suivant parce que je suis aujourd’hui. »

    • C’est un point mouvant sur la flèche du temps qui définit les infinis à ses deux bornes

    • L’Aiôn (Αἰών) : temps, durée de la vie d’où destinée, sort

    • Le kairos (Καιρός) : moment opportun, favorable, l’occasion

  • La condition des hommes est « éphémère » : ils apparaissent pour disparaître

  • Les grecs ont cherché à immortaliser leurs actions par la gloire : leur condition était une vie brève mais héroïque

    • Dicton qui voulait que nul ne passe pour heureux avant d’être mort (rien ne nous garantit que nous ne finirons pas notre vie de façon ignominieuse)

      • Seuls les hommes qui nous survivront pourront dire si notre vie a été ou non réussie, car eux seuls pourront la considérer comme un tout

  • Deux traits fondamentaux et apparemment contradictoires dans la perception du temps

    • D’une part, sa mobilité et son caractère répétitif (e.g. dans le cycle des saisons, le mouvement des corps célestes, le retour des fêtes religieuses)

    • Et d’autre part, l‘irréversibilité (le vieillissement et la mort inéluctable)

Zenon d'Elée

– Le mouvement est une notion contradictoire

Héraclite d’Éphèse

– Il déplore la fuite, l’inconstance et l’inintelligibilité du temps

  • Le temps tour à tour oppose (Conflit) et accorde (Harmonie) les contraires

  • Il apparaît comme le moteur universel de la nature

« le temps est la royauté d’un enfant qui joue au dés » : le temps est le roi du monde qui comme un enfant se contente de jouer sans beaucoup de réflexion et sans projet à long terme

    • Le hasard est roi et ne pas rechercher d’intention bienveillantes ou malveillantes => il n’y a pas de destin, pas de Providence

  • Il viole les principes logiques d’identité et de non-contradiction

« Nous nous baignons et nous ne nous baignons pas dans le même fleuve »

« Nous sommes et nous ne sommes pas »

« Le froid devient chaud, le chaud froid, l’humide sec et le sec humide »

Platon

– Constate le caractère mobile du temps qu’il oppose à l’immobilité de l’éternité

  • La définition platonicienne du temps (il est mobile) sur le modèle de l’éternité (elle est immobile)

« qu’un monde engendré ne pouvant être éternel, celui-ci n’est qu’une image mobile de l’éternité immobile que nous appelons le Temps » => le temps n’est qu’une image, donc dégradée par rapport au modèle de l’éternité (l’Idée)

– il y a 3 temps dans la connaissance

  • Le temps passé de la mort où l’âme a vu les réalités (les Formes, les Idées)

  • Le temps actuel de l’ignorance suite à la nouvelle réincarnation

  • La réminiscence (la remémoration des réalités qui avaient été vu par l’âme) par la dialectique

Aristote

« le temps est le nombre du mouvement selon l’antérieur et le postérieur » => le « nombre » est ce qui mesure

  • Le temps n’est pas le mouvement mais c’est ce qui permet de mesurer le mouvement

  • Le temps est l’intervalle qui est compté (au moyen d’une unité quelconque) entre les 2 bornes de l’avant et de l’après

    • e.g. le nombre des chevaux est égale à celui du nombre des chasseurs

  • Aristote interprète le temps comme « suite de maintenants » et il lie temps et mouvement, installe une doctrine linéaire et abstraite « physico-mathématique » du temps

    • C’est une suite d’instants (comme la ligne est une succession de points) à la fois identiques et extérieurs les uns aux autres, instants ponctuels, homogènes et dénombrables qui ne partagent rien avec ce qui a lieu en eux, indifférents aux contenus comme au sujet => forme encore la base de notre compréhension ordinaire du phénomène

  • La notion de temps est un corollaire de la notion de mouvement : le mouvement est la variation des choses la plus accessible à la perception

    • Pour qu’il y ait du temps il faut qu’il y ait du changement et l’âme va se servir du nombre pour déterminer un changement dans le mouvement (l’antérieur et le postérieur permettent de nombrer le mouvement)

  • Il faut que quelque chose d’identique demeure au sein même du changement afin de déterminer ce changement (reconnaître la personne même si elle a beaucoup changé)

    • Le temps est la succession des instants : le caractère destructeur car le temps est ce qui se renouvelle, se détruit à chaque instant

Éthique à Nicomaque : « il y a une seule chose dont Dieu même est privé, c’est de faire que ce qui a été fait ne l’ait pas été » => les dieux ne peuvent pas faire en sorte qu’il n’y ait pas de temps

  • Si le « temps » n’est pas directement le mouvement (car le mouvement est plus ou moins rapide), il lui est néanmoins étroitement lié, puisque Aristote dit de lui qu’il est, selon son expression : « quelque chose du mouvement »

    • C’est la conscience du changement qui nous révèle le temps (le temps est perçu par un acte de l’âme qui a sensation d’un changement)

« quand nous ne sommes pas mus selon notre pensée ou quand nous n’apercevons pas que nous sommes mus, il ne nous paraît pas qu’il se soit passé du temps »

=> pour que le temps se manifeste il faut qu’il y ait du changement et que l’âme (une conscience) s’en rende compte

Épicure

– Il n’y a pas d’incompatibilité entre le caractère fugace de notre existence et le bonheur

  • Lorsque notre vie s’achève, nous avons le privilège de la reprendre comme un tout

    • Peu importe s’il ne restera rien de nous après la mort : nous n’en souffrirons pas plus que de ne pas avoir été avant de naître

  • Le vieillard doit savoir jouir du récit de sa propre vie, lorsqu’elle a été réussie

« Ce n’est pas le jeune homme qui doit être considéré comme parfaitement heureux, mais le vieillard qui a vécu une belle vie. Car le premier est encore souvent exposé aux vicissitudes de la fortune, tandis que le dernier se trouve dans la vieillesse comme dans un port où il a pu mettre à l’abri ses biens. »

Plotin

– Rattache le temps à la vie de l’âme

« Le temps n’est pas essentiellement une mesure du mouvement, il est d’abord autre chose, et par accident, il fait connaître la quantité de mouvement »

Sénèque

– Le temps est la seule chose que l’on possède dans notre vie : il faut donc embrasser au mieux chaque heure, profiter du temps présent sans la crainte de la mort

  • Vivre pleinement le présent en conformité avec la Nature

– L’aspect destructeur du temps : il est aussi celui qui nous dépossède progressivement de la vie dans la vieillesse

Marc-Aurèle

Pensées : « Le présent est [..] la seule chose dont on peut-être privé, puisque c’est la seule qu’on possède » = une sagesse stoïcienne

St Augustin

– Le temps n’est plus défini comme mesure du mouvement cosmique, mais comme entité psychologique

  • Ce qui a été n’est plus, ce qui sera n’est pas encore, le présent n’est que la limite de ces deux néants

    • Le temps est moins une dimension, ou un cadre, de l’être que sa négation

  • Il se posait avant tout la question de l’utilité du temps pour les hommes. Il constate que la connaissance du temps nous échappe, mais c’est là l’œuvre de Dieu

    • Seul l’être humain bon saura transcender le temps subi, au côté de Dieu, après sa mort.

Maître Eckhart

« Le temps, c’est ce qui se transforme et se diversifie, l’éternité se maintient dans sa simplicité »

La vision moderne du temps

– La science propose un temps existant pour lui-même : il dépend de l’espace et de la matière

  • Nous vivons précisément dans l’espace, par la matière

  • Le présent est fixe, par définition : l’instant présent n’appelle rien d’autre que lui-même, mais le voilà déjà chassé par un autre moment qui le remplace aussitôt

    • Sur la droite fléchée du temps (la « flèche du temps »), la barre du présent se déplace malgré elle : quel est ce moteur du temps ?

    • l’homme a l’intuition d’un temps qui s’écoule

      • « l’Éternel Retour », « l’Âge d’Or » sont des illustrations de la croyance en un temps cyclique

Descartes

« Cette vie est brève et ne souffre aucun délai » => le temps de cette vie qu’il faut précisément bien vivre

Pascal

« je vois ces effroyables espaces de l’univers qui m’enferment, et je me trouve attaché à un coin de cette vaste étendue, sans que je sache pourquoi je suis plutôt attaché à ce lieu qu’en un autre, ni pourquoi ce peu de temps qui m’est donné à vivre m’est assigné à ce point plutôt qu’à un autre de toute éternité qui m’a précédé et de toute celle qui me suit. Je ne vois que des infinités de toutes parts, qui m’enferment comme un atome et comme une ombre qui ne dure qu’un instant sans retour »

« [..] Le dernier acte est sanglant, quelque belle que soit la comédie en tout le reste ; on jette enfin de la terre sur la tête, et en voilà pour jamais »

– L’homme est inquiet, il ne pense pas à sa vie présente, à l’instant qu’il vit, il est incapable de sérénité et d’immobilité

  • L’homme et incapable de saisir le temps présent parce que top occupé à essayer de maintenir le passé ou bien à hâter l’avenir => incapacité de l’homme à être heureux ni dans le présent que l’homme « rate » ni dans le passé et l’avenir que l’homme ne vit plus ou pas encore

« Nous ne nous tenons jamais au temps présent. Nous anticipons l’avenir comme trop lent à venir, comme pour hâter son cours ; ou nous rappelons le passé [..] nous errons dans des temps qui ne sont pas les nôtres, et ne pensons point au seul qui nous appartient [..] Que chacun occupe ses pensées, il les trouvera toutes occupées au passé et à l’avenir. Nous ne pensons presque point au présent [..] le présent n’est jamais notre fin [..] le seul avenir est notre fin [..]Ainsi nous ne vivons jamais, mais nous espérons de vivre ; et nous disposant toujours à être heureux, il est inévitable que nous ne le soyons jamais »

  • « le divertissement »  = la misère de l’homme sans Dieu : une fuite et un oubli, une attitude inauthentique, le moyen pour l’homme privé de Dieu d’occuper son temps à ne pas penser à la mort (le caractère tragique de la finitude humaine)

« tout le malheur des hommes vient d’une seule chose qui est de ne pas savoir demeurer en repos dans une chambre » => il penserait à sa condition tragique, alors il est amené à rechercher des passions violentes (e.g. guerres) pour occuper activement son esprit

Kant

– Le temps est une représentation nécessaire a priori puisqu’il est la condition de possibilité des phénomènes, il est au cœur de l’acte de connaissance

  • C’est une forme a priori de la sensibilité (comme l’espace) nécessaire à la constitution de l’expérience humaine, rendant cette expérience possible (nous permettant de penser les phénomènes), c’est la manière même dont nous percevons le changement

    • Le temps n’est pas dans les choses, il est la forme sous laquelle notre esprit perçoit nécessairement les choses

    • Le temps n’est pas une « chose » mais une manière de lier entre eux les phénomènes

  • Pour l’homme, rien n’est accessible hors du temps

  • Le temps n’est cependant pas quelque chose qui existe en soi : il n’est pas un objet du réel

« le temps ne peut être perçu en lui-même, mais seulement à travers les phénomènes »

    • Le temps est ce par quoi les objets nous sont donnés : il est une des formes de toutes nos perceptions

      • Il n’est pas une intuition (une perception) ni un concept

      • Il n’appartient pas aux choses comme propriété, mais est inhérent au sujet qui perçoit les phénomènes

Nietzsche

L’éternel retour : seul le « surhomme » supporte cette idée, il est doué de volonté qui affirme chaque moment de son existence, affirme sa puissance vitale, sa puissance créatrice dans un soucis d’authenticité

Søren Kierkegaard

– La réalité qui compte est celle de l’homme dans son historicité concrète

  • Le temps est une réalité essentielle qui tient au fait que l’existence est elle-même temporalité

  • Il y a différentes manières d’exister, au moins trois, le découpage du temps en trois stades de temporalité, les trois stades d’existence

    • esthétique : rapport de l’homme à la sensibilité (e.g. Don Juan)

    • éthique : rapport de l’homme au devoir (e.g. dans le mariage)

    • religieux : rapport de l’homme à Dieu

  • Une théorie du temps de l’« instant » et de la « répétition »

    • l’instant est « carrefour du temps et de l’éternité »

Henri Bergson

– Au XXe siècle, Henri Bergson, Edmund Husserl et Martin Heidegger mettent l’accent sur la durée et la temporalité préparant ainsi une nouvelle approche du concept de temps en rupture avec la conception traditionnelle (Aristote)

– Bergson s’oppose à la conception du temps de manière intellectuelle (la ponctualité abstraite du temps) qu’implique le modèle « physico-mathématique », le temps spatialisée, homogène et mesurable du temps (les aiguilles d’une montre), le temps quantitatif et objectif

  • La ponctualité n’étant pas une détermination temporelle mais spatiale, Bergson qualifie ce temps de « temps spatialisé », c’est-à-dire pensé sous le modèle de l’espace : le temps serait une succession d’instants, une succession de « maintenant » comme la ligne est une succession de points

    • Une spatialisation abstraite du temps pour les besoins de l’action

    • Penser ainsi le temps c’est le détruire comme temps : quand on essaye de comprendre le temps, nous le détruisons si on en fait une pure ponctualité privée d’être

« nous juxtaposons nos états de conscience de manière à les apercevoir simultanément, non plus l’un dans l’autre, mais l’un à côté de l’autre ; bref nous projetons le temps dans l’espace, nous exprimons la durée en étendue et la succession prend pour nous la forme d’une ligne continue dont les parties se touchent sans se pénétrer »

– A l’opposé, très loin du temps de la science, Bergson oppose notre vécu interne du temps (ou « durée ») = c’est le temps comme nous le ressentons quand nous ne cherchons pas à le comprendre, c’est le temps vécu par la conscience, un temps qualitatif et subjectif,

  • Un temps variable selon les états de notre conscience : pour une conscience qui s’ennuie le temps passe lentement, et pour celle qui s’amuse, le temps passe vite

    • Bergson valorise l’intuition : la coïncidence possible avec les choses qui nous permet d’en saisir l’essence (e.g. j’attends que le sucre fonde dans la tasse)

  • Le temps n’est pas seulement un changement perpétuel transformant le présent en passé mais c’est l’unité rassemblant 3 moments (se rapproche de la pensée de St Augustin)

    • L’essence du temps est bien plutôt la contemporanéité du présent, du passé et de l’avenir, leur simultanéité d’existence, le rassemblement de ces 3 instances, que si tout était succession telle que la mesure numériquement l’avance sur le cadran des aiguilles de l’horloge

      • Un présent qui incorpore le passé, le passé n’est pas passé, il est actif, « un passé qui se conserve en soi »

  • C’est l’articulation des moments les uns aux autres, une continuité, les moments disparaissent pour se conserver sous une autre forme, les moments ne sont pas détachés les uns des autres, la disparition et la nouveauté sont imbriqués les uns dans les autres

    • e.g. le moment où on sort de l’enfance pour entrer dans le monde des adultes

  • La durée n’est pas ponctuelle, mais continue, non mesurable et hétérogène

=> c’est le vrai visage du temps avant que notre intelligence ne le décompose en instants distincts

  • Traiter du temps en décrivant les « vécus de conscience », découverts notamment par l’introspection

    • Dans la durée telle que nous la vivons, notre passé immédiat, notre présent et notre futur immédiat sont confondus (on agit dans un seul et même mouvement qui mêle le passé, le présent et l’avenir)

    • La conscience (comme l’œil dans le cinéma qui recompose le continu à partir d’image – 24 images/seconde), reconstitue à partir des différents temps dans le temps

  • La dimension qualitative du psychisme humain qui montre que le temps est une durée au sens où il y a une interpénétration des états de conscience « successifs », chacun d’eux conservant ce qui est venu avant lui tout en apportant quelque chose de nouveau

    • « La durée » est le temps vécu, hétérogène (différent du temps comme grandeur physique qui lui est homogène), continu et qualitatif

  • Le processus qualitatif d’évolution des états de conscience qui ne se laissent pas diviser en instants

    • Notre conscience dans son présent se rapporte toujours à son passé et se tourne déjà vers son avenir

    • Rien ne manifeste plus cette « épaisseur du temps » que le processus de délibération dans lequel le moi et les motifs sont en perpétuels devenir

Alain

« Dans un même temps, dans un temps unique, dans un temps enfin, toutes choses deviennent »

Wittgenstein

«  la mort n’est pas un événement de la vie, la mort ne peut être vécue » => il n’y a pas d’expérience de la mort

Heidegger

– L’homme est jeté hors de lui-même par le temps, c’est un être temporel, soumis au temps, projeté vers un avenir

  • « le soucis » = c’est d’avoir en permanence à se choisir et à répondre de ses choix

– La perspective certaine de ma mort m’invite à me soucier du temps et me rend ma vie unique et insubstituable

  • Le temps nous vient de la mort et non pas la mort nous vient du temps

  • C’est parce que je vais mourir qu’il importe de faire quelque chose de ma vie

    • C’est parce que j’ai des projets que mon passé aura alors rétrospectivement un sens (e.g. ce que fera adulte, l’adolescent qui a sa crise mystique)

    • Grâce à la prise de conscience de sa finitude, l’homme cherche à immortaliser des instants de vie en créant des œuvres d’art qui sont soustraites au temps et au devenir

  • Inconscient de leur propre mort les animaux ne connaissent pas le temps

Vladimir Jankélévitch

– Nous avons tous ce viatique mélancolique pour l’éternité : à défaut d’être toujours, rien ne fera que nous n’ayons pas été

==================== LEXIQUE =======================

a priori (Kant) : ce qui est absolument indépendant de l’expérience

avenir : futur, relatif à l’homme se temporalisant et projetant des fins

le principe de causalité : tout événement qui se produit est l’effet d’une cause qui le précède, rien n’advient sans cause

contemporanéité : simultanéité d’existence

dasein (Heidegger) : « être là » être au monde, l’homme

durée (Bergson) : temps vécu, hétérogène et qualitatif, succession continue de nos états de conscience quand notre moi se laisse vivre

espace : c’est l’étendue géométrique telle que formalisée par Euclide

  • Descartes en a fait une « substance étendue » aux caractéristiques strictement géométrique

  • Pour Kant, c’est l’une des formes a priori de notre sensibilité (et non pas une réalité objective existant par elle-même) qui nous permet de penser les phénomènes

    • c’est une structure de l’esprit, condition de possibilité de toute expérience

éternel : ce qui est soustrait au devenir temporel = ce qui n’a ni commencement, ni fin

existence : se tenir hors de, sortir de, être en ex-tase permanente, implique que cette vie soit ordonnée par un horizon d’avenir et de sens, la possibilité d’une vie d’être autre chose qu’une survie

  • pour les phénoménologues, seul l’homme existe car il est capable de se jeter hors de lui-même pour se rapporter à soi et au monde

  • s’oppose à vivre qui est une « survie », concerne notre corps vivant (c’est un acte biologique)

finitude : ce qui est borné dans l’espace et dans le temps (e.g. l’homme)

  • l’horizon existentiel de la mort pour l’homme => il est considéré comme fini

identité : du latin idem, le même, ce qui fait qu’une chose demeure la même à travers le temps malgré les changements

immortel : ce qui a un commencement dans le temps mais qui n’a pas de fin et donc qui dure dans le temps

ipséité : du latin ipse, soi-même, le fait d’exister en tant que soi

irréversibilité : caractère de ce qui se produit que dans un sens

  • je peux parcourir l’espace dans les 2 sens contrairement à ce qui se passe dans la sphère temporelle

on (Heidegger) : forme de l’existence en commun vouée à l’inauthenticité et à la banalité

passé : dimension du temps écoulé en tant qu’il exprime une irréversibilité absolue

pensée : ensemble des phénomènes se rattachant à l’action de l’esprit

phénomène : tout objet d’expérience possible, ce que les chose sont pour nous relativement à notre mode de connaissance

  • l’expérience est la matière concrète et sensible de la connaissance

=========== CONFERENCES / MOOC / DOCUMENTATION ==========

https://fr.wikipedia.org/wiki/Temps

https://fr.wikipedia.org/wiki/Temps_(philosophie)

https://fr.wikipedia.org/wiki/Heidegger_et_la_question_du_temps

Bac Philo – L’existence et le temps >>> https://www.youtube.com/watch?v=azLN_odoeag

L’existence et le temps : les notions à maîtriser – Philosophie – digiSchool >>> https://www.youtube.com/watch?v=qnS8P0seR-k

PHILOSOPHER 15# | Le temps des machines – Bergson et Heidegger >>> https://www.youtube.com/watch?v=V3pN2oSGjWQ

Philosophie – Le temps – Conscience du temps – LUC F DUMAS _ >>> https://www.youtube.com/watch?v=sVnNwAGskus

Philosophie et Théologie, le temps, livre XI des Confessions d’Augustin >>> https://www.youtube.com/watch?v=CXgwEqk7qp0

Le Temps de Saint-Augustin – Le Coup de Phil’ #26 >>> https://www.youtube.com/watch?v=ey3kcYQgjF0&t=2s

Sacré Saint Augustin (2/4) : Qu’est-ce que le temps ? >>> https://www.franceculture.fr/emissions/les-nouveaux-chemins-de-la-connaissance/sacre-saint-augustin-24-quest-ce-que-le-temps

Saint Augustin, Confessions, Livre XI ch. X-12 à XX-26 (400 après J.-C.) >>>

Le temps >>> https://www.franceculture.fr/emissions/avoir-raison-avec-vladimir-jankelevitch/le-temps

Etienne klein 2016 le temps existe t’il ? >>> https://www.youtube.com/watch?v=cvTGohLf404

Temps : cas de conscience >>> https://www.youtube.com/watch?v=Z5Jbh3_4F14&t=400s

Utopiales 2017 – Rencontre Etienne Klein >>> https://www.youtube.com/watch?v=Zn-13a0aEl0

Le Temps n’existe pas! par Marc Lachièze-Rey >>> https://www.youtube.com/watch?v=n1P8F5wwofA ; https://www.youtube.com/watch?v=ZcyBloRoeHA

Le bateau de Thésée >>> https://education.francetv.fr/matiere/philosophie/terminale/video/le-bateau-de-thesee

« Être et temps » (3/5) : La temporalité >>> https://www.youtube.com/watch?v=DoxTYzUdLQI

Philosophie – Temps (1 sur 3) >>> https://www.youtube.com/watch?v=waJZLsyPQKY

Camille RIQUIER : Le temps et l’autre : Bergson entre Descartes et Levinas >>> https://www.youtube.com/watch?v=YjSRBinK_y8