Le véritable don : le don du don

L’échange

– C’est une nécessité pour l’Homme car aucun individu ne peut satisfaire par lui-même l’ensemble de ses besoins

– Comme le pardon, c’est un moyen de maintien du tissu social et incline à la paix

– Une logique du bien et de l’intérêt égoïste

– Quand un échange a lieu, les deux partis font une bonne affaire, chacun des échangistes se trouve en droit d’exiger la contrepartie

  • Il est réciproque, une garantie du retour : donner à la condition express, c’est-à-dire nécessaire et comprise d’avance de part et d’autre, de recevoir. Le receveur est tenu de rendre le don ou la contrepartie en valeur
  • Il y a une certaine équivalence entre ce qui est donné et rendu
Le don

Une cession d’un bien avec la renonciation à tout droit sur ce bien et sans exiger une quelconque contrepartie

QU’EST-CE QUE LE DON ?

  1. On peut donner quelque chose qui ne se voit pas (e.g. son temps, du plaisir), le don de soi c’est se donner soi (s’ouvrir, se vider, laisser la place à l’autre) pour que l’autre puisse y entrer

  2. Un geste qui fait basculer de l’ignorance à la reconnaissance de l’autre, de l’alter ego (ce qui m’appartenait t’appartient maintenant). Les hommes sont naturellement sociaux et relationnels, le don est alors l’expression simple, gratuite et aussi gratifiante de l’amitié (Ethique à Nicomaque, Aristote).

  3. Le phénomène de la dette morale : donner, c’est obliger, au sens étymologique du terme, c’est engager un lien, projeter ou assurer un lien, là où le troc et l’échange marchand sont dans une logique du bien et de l’intérêt égoïste

    • Une obligation de rendre : un don attend généralement un retour, on se sent redevable, il met autrui dans une situation de dette (« je te le revaudrais », « tu m’as aidé, je te rendrais la pareille », etc.). Le don implique le contre-don, le don en retour

    • Des dons qui ne peuvent être payés en retour : donner la vie, nourrir, protéger, apprendre à se mouvoir, à parler, instruire, etc. Bien entendu, un enfant est redevable à ses parents, mais cela ne l’engagera jamais à leur fournir des « prestations » réciproques, parce qu’elles ne peuvent jamais être de même valeur ni, la plupart du temps, de même nature.

  4. La joie du don : Jésus « il y a plus de joie à donner qu’à recevoir« , on reçoit aussi beaucoup plus que l’on donne. Si celui qui donne ne cherche plus que la gratification alors le don n’est plus don mais manipulation

CE QUE LE DON N’EST PAS

Le don n’est pas une dette : le don n’est pas réciproque sinon c’est l’échange, le receveur n’est pas tenu de rendre le don ou sa contrepartie en valeur. Ce n’est pas un geste d’obligation de rendre, n’impose pas à l’autre de répondre

CE QUI DÉTRUIT LE DON

– Il est très souvent intéressé, une logique de l’échange dans toutes les formes de don

  • Autrefois, les actes de charité permettaient de « s’acheter » une place au paradis. Aujourd’hui, le don pour les organismes humanitaires (aider les pays sous-développés, les pauvres, etc.) est un moyen de se donner bonne conscience
  • Des parents donnent de l’argent à leurs enfants quand ils ont bien travaillé à l’école. Certains de ces parents affirment que le père Nöel ne viendra pas s’ils ne sont pas sages.
  • Le don est une manière de cultiver son image de personne généreuse

– Toute attente d’un retour détruit le don. La personne en bénéficiant peut faire un don en retour, qu’on appelle le contre-don

  • Donner pour recueillir du plaisir annule le don (« le plaisir arrive de surcroît » Aristote = on s’est décidé à la gratuité,)

– Si le donateur sait qu’il donne alors on ne peut éviter la satisfaction d’avoir donné : il est payé en retour = auto-reconnaissance => le don s’annule

LE DON VERITABLE

– Est à lui-même sa propre fin (autotélique) et étant à lui-même sa fin, se suffit à lui-même

– Est un geste désintéressé, gratuit (comme le pardon), sans retour, sans exigence d’une contrepartie, sans intérêts individuels & calculs égoïstes

– Est un geste d’abandon, relâcher l’objet du don. Le donateur ne sait pas nécessairement s’il y aura retour : il ne sait pas non plus à quel moment il y aura retour

– Le don anonyme = l’autre ne connaît pas son donateur (le don d’organe, un objet posé quelque part, ne pas donner son nom). L’anonymat est le modèle du don

  • pour donner vraiment il ne faut pas avoir de relation individuelle identifiée avec la personne à qui on donne : avec mes enfants, mes amis, … je ne peux pas donner vraiment

– Est un geste d’indétermination, laisse l’initiative à l’autre, sans savoir vraiment ce qu’il va en faire

– Le don pur (le vrai don)  est le « don du don » : donner vraiment c’est donner sans savoir que l’on donne, ne peut avoir lieu qu’à l’insu du donateur => seul l’oubli du don le rend possible

  • Si le donateur sait qu’il donne alors on ne peut éviter la satisfaction d’avoir donné : il est payé en retour = auto-reconnaissance => le don s’annule
  • Le donateur doit aller jusqu’à oublier qu’il donne : l’oubli du don par le donateur est la condition du don véritable. Oublier le don, c’est ne rien en attendre
Sénèque

Le don divin est le don véritable, une dépense pure : savoir donner, c’est donc donner comme le dieu

Derrida 

« Le don est l’impossible » il ne peut pas apparaître comme tel (impossible = quelque chose qui ne peut pas apparaître dans l’espace et le temps, on ne peut le voir)

=================== CONFERENCES / MOOC / DOCUMENTATION =================

l’altruisme comme le don est désintéressé >>>  https://www.youtube.com/watch?v=j_8sWbvXZRE

l’échange (Essai sur le don, de Marcel Mauss) >>> https://www.youtube.com/watch?v=kIY4YAo9sd0

le don, point de vue psychanalytique >>>  https://www.youtube.com/watch?v=MKcCXSqWp1g

l’amitié >>>  https://www.youtube.com/watch?v=yGHPegnLt-A

l’amitié chez Montaigne >>>  https://www.youtube.com/watch?v=DLKu4yMSAnQ

s’ouvrir en l’amitié >>> https://philosophies.tv/chroniques.php?id=649