La conscience

Nietzsche « Que dit ta conscience ? – Tu dois devenir ce que tu es »

– Provient du latin conscientia formé de cum (avec, ensemble) et de scientia (connaissance, savoir) = être accompagné de savoir => la faculté qu’à l’homme de connaître sa propre réalité et de la juger : une fonction de régulation du comportement et une interface avec le monde extérieur

  • Terme qui n’existait pas dans l’Antiquité où on parlait plutôt d’âme qui désignait la présence du sujet aux choses extérieures et à lui-même

– Être conscient, c’est la conscience de soi (s’apercevoir de ce que l’on est, comme de ce que l’on fait) aussi bien que la conscience d’objet (s’apercevoir de ce qui se passe autour de nous)

  • C’est être présent à soi (la conscience de soi) comme être présent au monde environnant (la conscience d’objet)
  • L’homme peut se mettre à distance (prendre du recul) des choses et de lui-même pour se les représenter en son esprit et dialoguer avec lui-même = Il est devant le monde (une distance entre moi et le monde)
    • Une distance entre moi et moi-même : Il est capable de se prendre lui-même comme objet de pensée
      • Une prise de conscience de ses états affectifs (e.g. si je me rends compte que je suis triste quand je suis effectivement triste)
  • C’est la faculté mentale d’appréhender de façon subjective
    • Les phénomènes extérieurs sous la forme de sensations = la conscience du monde
      • La conscience comme sensation pour tout être doué de sensibilité

        • nota : un système automatique peut être dit «conscient» de son environnement dans la mesure où il répond à des stimuli

    • Les phénomènes intérieurs = la conscience de soi
      • La connaissance intérieure qu’a le sujet de lui-même : de ses états émotionnels et de ses actes, et plus générale de sa propre existence
      • La conscience de soi comme connaissance réflexive du sujet
        • Un individu prend connaissance, par un sentiment ou une intuition intérieure d’états psychiques qu’il se rapporte à lui-même comme sujet

        • Cette réflexivité renvoie à une unité problématique du moi et de la pensée, ainsi qu’à la croyance tout aussi problématique que nous sommes à l’origine de nos actes

      • une conscience réfléchie, un « miroir » : elle rend possible le fait de se penser soi-même, de se contempler intérieurement en se mettant à distance de soi-même, un dédoublement de soi, une introspection (specto = regarder + intra = à l’intérieur)

        • Chercher à se connaître : Qui suis-je ?

          • L’âme, le psychisme (du grec psychè, qui en français désigne un grand miroir sur pieds)
  • C’est un lieu abstrait, car impossible à localiser quelque part dans le corps (les sensations), qui apparaît à chaque instant au moment où fusionnent les perceptions des sens et de l’esprit

L’inconscience = l’état de privation de conscience (e.g. le sommeil, le coma)

  • La conscience disparaît lors de l’endormissement et nous revient au réveil

    • Alain : « dans le sommeil, je suis tout ; mais je n’en sais rien » J’y suis en quelque sorte sans y être, car privé de conscience

  • Par extension, c’est le manque de conscience (e.g. un automobiliste imprudent)
  • Pour caractériser des phénomènes qui excluent toujours la conscience (e.g. les comportements instinctifs)

  • Celui qui perd conscience perd à la fois la connaissance de ce qui lui est extérieur (le monde) et de ce qu’il est lui-même

    • « avoir conscience » = avoir à la fois conscience du monde (la présence du monde à soi) et conscience de soi (de sa propre présence au monde)

    • « la prise de conscience » d’un individu, d’une classe sociale ou d’un peuple = la reconnaissance de sa place dans une situation objective donnée

– Une difficulté pour définir la conscience, se heurte à la problématique d’une conscience tentant de s’auto-définir

  • André Comte-Sponville : « l’un des mots les plus difficiles à définir »

  • C’est un terme fondamental, premier, comme le temps, c’est un « mot primitif » et définir c’est utiliser des termes encore plus fondamentaux

  • Un proverbe bouddhistes qui formule l’adage selon lequel « un couteau ne peut se couper lui-même »
  • Auguste Comte assure que personne « ne peut […] se mettre à la fenêtre pour se regarder passer dans la rue » => Le sujet ne peut s’observer objectivement dans la mesure où il est à la fois l’objet observé et le sujet qui observe, et de plus la conscience se modifie elle-même en s’observant

    • C’est un phénomène subjectif et non objectivable par la science
      • On sait que l’on est conscient – « je pense donc je suis », mais on ne peut pas savoir si l’autre est conscient, pas possible d’accéder à ses pensées

      • Notre conscience serait l’expression de notre moi, marque de notre identité

  • Bergson : « Qu’est-ce que la conscience ? » et il répondait : « Vous pensez bien que je ne vais pas vous définir une chose aussi concrète, aussi constamment présente à l’expérience de chacun de nous »
    • C’est une donnée tellement immédiate qu’il semble impossible de la résoudre en éléments plus simples et donc de la définir sans pétition de principe

      • Une définition classique : « la conscience est la connaissance ou l’intuition qu’a l’esprit de ses états et de ses actes » = une définition circulaire de la conscience

        • Ne peut être une définition acceptable puisque cette « connaissance » ou cette propriété réflexive (« l’intuition qu’a l’esprit de ses états et de ses actes ») supposent la conscience plus qu’ils ne l’expliquent

        • Elle fait intervenir une notion, l’intuition, qui est elle-même synonyme de conscience

  • Chez John Locke la conscience (consciousness) devient l’équivalent de l’identité personnelle => en philosophie morale (et juridique), être conscient de soi donnera la responsabilité, la reconnaissance des actes que l’on a fait

QUELLE CONNAISSANCE NOUS LIVRE LA CONSCIENCE ?

– Que sait celui qui a conscience ?

  • Quelle connaissance livre la conscience et quelle en est la valeur ?

– C’est l‘intuition (un acte de saisie immédiate, directe d’une chose par la pensée sans passer par l’intermédiaire d’un raisonnement) par laquelle l’homme prend à tout instant une connaissance plus ou moins complète et claire de ses états, de ses actes (e.g. ses pensées, ses sentiments) et de leur valeur morale. Il y a plusieurs formes de conscience :

  • La conscience immédiate : elle est spontanée => c’est la conscience d’objet : « avoir conscience (de quelque chose)»   = être dans un rapport direct avec un objet

      • La « conscience du monde » : une réponse à un stimuli pour tout être doué de sensibilité, la conscience comme sensation, la conscience de son environnement

  • La conscience réfléchie, la conscience de soi : elle est seconde = nous sommes à nous-même notre propre objet de conscience, une représentation de sa propre existence

      • La conscience d’accès = « être conscient », « la rapportabilité » = être capable de formuler des rapports subjectifs à la 1ère personne : je vois, je sens, ..le sujet est capable de dire quelque chose d’un événement dont il a fait l’expérience, il a accès à quelque chose

        • C’est le savoir intérieur immédiat que l’homme possède de ses propres pensées, sentiments et actes

        • Des perceptions internes (corps propre), aspects de sa personnalité et de ses actes (identité du soi, opérations cognitives, attitudes propositionnelles)

      • Elle est structurée par la mémoire et l’entendement et s’accompagne de souvenirs, sentiments, jugements, sensations et de savoir que nous rapportons à une réalité intérieure que nous nommons : moi

        • c’est une unité synthétique sous-jacente à tous nos comportements volontaires

      • La présence de l’esprit à lui-même dans ses représentations, comme connaissance réflexive du sujet qui se sait percevant : prise de connaissance, par un sentiment ou une intuition intérieure, d’états psychiques que l’on rapporte à soi-même en tant que sujet

        • Une représentation, même particulièrement simplifiée, de sa propre existence : une conscience réflexive

      • La conscience morale : le sens moral du mot conscience, sens que l’on trouve dans des expressions comme => c’est « une voix » de la conscience qui nous « parle »
        • C’est la compréhension et prise en charge par l’individu des tenants et aboutissants de ses actes pour la collectivité et les générations futures

        • Des expressions courantes : « avoir bonne – ou mauvaise – conscience », « en votre âme et conscience », « avoir la conscience tranquille », « conscience professionnelle », « objection de conscience », « cas de conscience »
        • Le jugement moral de nos actions : la capacité mentale qui fait la dignité de l’homme de pouvoir juger ses actions en bien ou en mal (remord, mauvaise conscience) => le respect de règles morales

          • Le sentiment intérieur d’une norme du bien et du mal qui nous dit comment apprécier la valeur de nos actions

        • Un examen de conscience = un retour sur soi de la conscience : c’est la conscience et elle seule qui nous dit notre devoir => nous jugeons de la valeur morale de nos actes futurs, ou par ce retour à soi par lequel nous évaluons nos actes passés

            • la conscience « en paix » = satisfaction morale

            • ou le remords = la douleur

        • Cette conscience morale n’est peut-être pas spontanée et innée : ce n’est qu’une intériorisation de normes morales extérieures, d’une éducation morale ?

        • Rousseau, la nature humaine enveloppe un sentiment du bien : malgré la diversité et la variabilité des mœurs et des connaissances, la conscience morale est la même en tout homme et est « universelle » => elle est en nous la voix de la nature

Émile, ou De l’éducation « Conscience ! conscience ! instinct divin, immortelle et céleste voix ; guide assuré d’un être ignorant et borné, mais intelligent et libre ; juge infaillible du bien et du mal, qui rends l’homme semblable à Dieu, c’est toi qui fais l’excellence de sa nature et la moralité de ses actions ; sans toi je ne sens rien en moi qui m’élève au-dessus des bêtes, que le triste privilège de m’égarer d’erreurs en erreurs à l’aide d’un entendement sans règle et d’une raison sans principe. »

          • Les actes de la conscience ne sont pas des jugements, mais des sentiments : la conscience morale est ce qui nous fait aimer l’ordre et la justice

            => Le sujet est responsable de son action dès le moment où il est conscient de ce qu’il fait car il peut avoir un jugement vis-à-vis de la situation pratique

          • Nous ne pouvons pas taire la conscience morale, mais nous pouvons seulement ne pas l’écouter ce qui nous dénature

            • C’est un instinct, mais néanmoins signe de notre liberté, elle ne nous trompe jamais pour peu qu’on l’écoute vraiment

            « Il est au fond des âmes un principe inné de justice (de l’ordre) et de vertu sur lequel, malgré nos propres maximes, nous jugeons nos actions et celles d’autrui comme bonnes ou mauvaises, et c’est à ce principe que je donne le nom de conscience » => Pour Rousseau, c’est un sentiment partagé par tous les hommes, inhérent à la nature humaine, et donc non tributaire de l’éducation

        • Kant : la loi morale est en nous (c’est « un fait de nature ») : « l’impératif catégorique »

        • Nietzsche : La conscience morale (la « voix » de la conscience) est en réalité l’expression de sentiments qui n’ont rien de moraux

          • Le bien et le mal sont dictés par la société afin d’empêcher certaines actions qui seraient incompatibles avec la préservation de l’ordre social, i.e. la paix

          • Au contraire de ce que pensait Rousseau, la voix de la conscience est le symptôme en nous de la sociabilisation : elle se donne à nous comme notre nature car la société dans laquelle nous vivons l’exige

          • La mauvaise conscience est la condition de possibilité des sociétés

            • C’est un signe de faiblesse qui inspire un sentiment de culpabilité qui empoisonne à tort les forces affirmatives de la vie

            • Au début de l’humanité, elle disait à chacun ce qui était mauvais pour le groupe qui permettait sa survie et non pas ce qui était mauvais en soi

            « Que dit ta conscience ? – Tu dois devenir ce que tu es » formule empruntée au poète grec Pindare (~ 500 BC) => l’homme a à vouloir être lui-même, c’est une véritable tache à accomplir, une invitation à sortir de la médiocrité (« la quotidienneté » chez Heidegger), à exercer « la Volonté de Puissance », à se transformer en un homme supérieur, un surhomme

        • Alain : il n’y a pas de morale sans délibération, ni de délibération sans conscience, la conscience est « le savoir revenant sur lui-même et prenant pour centre la personne humaine elle-même, qui se met en demeure de décider et de se juger. Ce mouvement intérieur est dans toute pensée ; car celui qui ne se dit pas finalement : «que dois-je penser ?» ne peut pas être dit penseur. La conscience est toujours implicitement morale »
          • Bergson : la conscience morale est le produit d’un conditionnement social

          • Freud : la conscience morale est l’héritière directe du surmoi

– Parce que je suis un être de conscience, je peux m’illusionner sur ma condition et me mentir à moi-même

  • Sartre : « la mauvaise foi » = est un mensonge à soi-même, se faire croire à soi-même que l’on n’est pas libre, faire semblant, faire comme si on avait une essence bien définie, nier sa liberté humaine => c’est une manière de se voiler cette liberté en s’enfermant dans une essence (« l’inauthenticité »)

  • L’animal qui est dénué de conscience ne saurait se mentir à lui-même, il est soumis aux instincts 

– Le stade du miroir (se reconnaître dans un miroir) est comme une étape essentielle de la conscience de soi (pour l’humain vers l’âge d’un an et demi à deux ans) 

– L’idée de conscience de soi pose le problème de l’unité d’un sujet => on peut douter de la réalité de ce que nous appelons « notre moi »

  • C’est l’expression d’une unité interne − le je du je pense
    • L’identité du soi : on a un certain sentiment d’unité lors de la perception par l’esprit ou par les sens = le sentiment qu’il y a un arrière-plan en nous qui « voit »
      • Descartes

        • La conscience est conçue comme une substance, une chose autarcique, subsistant indépendamment du corps et subsistant identique à soi quelque soient ses «modes» (perception, imagination, jugement, volonté, etc.)

        • La pensée est totalement transparente et maîtrisée par le sujet = la conscience et la pensée sont conçues comme identiques

« Par le nom de pensée, j’entends tout ce qui se fait en nous de façon que nous en soyons conscients et pour autant que nous ayons conscience » => elle est un moyen fiable, transparent et immédiat de connaissance, que ce soit de soi ou du monde

      • Kant : unité transcendantale − le sens interne comme conscience de mes contenus de conscience comme m’appartenant

  • Leibniz : la distinction entre la perception et l’aperception => la conscience n’est qu’une connaissance partielle, et la pensée la déborde de toutes parts, qu’elle soit perception, mémoire ou impression
    • « Il ne s’ensuit pas de ce qu’on ne s’aperçoit pas de la pensée qu’elle cesse pour cela… Je dis bien plus: il reste quelque chose de toutes nos pensées passées et aucune n’en saurait jamais être effacée complètement… Toutes les impressions ont leur effet, mais tous les effets ne sont pas toujours notables… En un mot, c’est une grande source d’erreurs de croire qu’il n’y a aucune perception dans l’âme que celle dont on s’aperçoit »
  • Spinoza : les limites de la conscience, ele est trompeuse, source d’illusion
    • L’homme a conscience de ses désirs, de ses représentations, de ses actions mais elle est incomplète, inadéquate, car il est dans l’ignorance des causes qui le déterminent à agir

les hommes sont conscients de leurs actions mais ignorants des causes par où ils sont déterminés” => ils sont dans l’illusion d’être libres (e.g. comme l’homme ivre qui croit parler de sa propre volonté alors qu’il parle sous l’effet de son corps ivre)

        • L’homme a la conscience d’être libre et n’a pas conscience d’être aussi influencé par son corps et ses désirs

        • Le libre arbitre est une totale illusion (c’est une « libre nécessité ») qui vient de ce que l’homme a conscience de ses actions mais non des causes qui le déterminent à agir

          • Une causalité mécaniste, le sentiment de liberté de l’homme résulte du fait qu’il n’a connaissance que des causes immédiates des événements rencontrés
  • Nietzsche : on n’est pas maître de sa conscience

« une pensée ne me vient pas quand je veux mais quand elle veut »

« la conscience du moi est le dernier trait qui s’ajoute à l’organisme quand il fonctionne déjà parfaitement, elle est presque superflue »

  • Marx : la conscience est plutôt produite que productrice

    • elle est « un produit social et demeure telle aussi longtemps que les hommes existent »

« ce n’est pas la conscience des hommes qui détermine leur existence; c’est inversement leur existence sociale qui détermine leur conscience »

  • Freud : une nouvelle conception de l’inconscient comme un lieu non pas marginal mais central de la vie psychique
    • Achève de chasser la conscience du trône où l’avait placée Descartes => c’est le dernier des trois grands démentis (les 3 blessures narcissiques) que la science a infligé à l’égocentrisme et à la mégalomanie humaine
      • L’héliocentrisme copernicien a chassé l’homme de la place centrale qu’il croyait occuper dans l’univers

      • L’évolutionnisme darwinien a chassé l’homme de la place qu’il croyait être la sienne dans l’ordre des créatures terrestres

      • Freud, la révolution psychanalytique : « le moi n’est pas seulement maître dans sa propre maison, il en est réduit à se contenter de renseignements rares et fragmentaires sur ce qui se passe, en dehors de sa conscience dans sa vie psychique » la pensée n’est pas totalement maîtrisée par le sujet qui est souvent dominé par l’inconscient opaque, s’opposant ainsi à Descartes (la pensée est totalement transparente et maîtrisée par le sujet)
  • Husserl : la conscience est conçue essentielle comme intentionnalité, elle n’est pas une chose autarcique (Descartes : « une substance pensante ») mais est toujours une visée intentionnelle, une tension vers ce qu’elle n’est pas

« C’est l’intentionnalité qui caractérise la conscience au sens fort. »

« (l’intentionnalité ) cette propriété qu’ont les vécus d’être conscience de quelque chose… Ainsi une perception est perception de, par exemple d’une chose, un jugement est jugement d’un état de choses : une évaluation, d’un état de valeur; un souhait porte sur un état de souhait, ainsi de suite »

    • Elle n’est plus une chose permanente dans le temps, fermée sur elle-même et régie par le principe d’identité (e.g. Comme chez Descartes), mais toujours déjà une relation, ouverture à autre chose, une dualité entre un objet et également une forme de liaison, d’unité
  • Sartre :

« La conscience et le monde sont donnés d’un coup »

« la conscience s’est purifiée, elle est claire comme un grand vent, il n’y a plus rien en elle sauf un mouvement pour se fuir, un glissement hors de soi; […] car la conscience n’a pas de « dedans »: elle n’est rien que le dehors d’elle-même, et c’est cette fuite absolue, ce refus d’être substance qui la constituent comme une conscience »

– Le paradigme matérialiste de la science actuelle postule que tout est issue de la matière => la conscience est expliquée comme un épiphénomène de l’activité neuronale mais cela n’a jamais été prouvé

– On trouve dans la mythologie, la littérature et le cinéma plusieurs représentations allégoriques de la conscience morale

  • Victor Hugo : dans un poème de La Légende des siècles intitulé La Conscience, un très profond sentiment de remords envahit Caïn poursuivi par un œil omniprésent de la culpabilité, celui de la conscience et il resta consterné devant le cadavre de son frère Abel
    • Comme tout homme, Caïn ne peut fuir sa conscience morale « L’œil était dans la tombe, et regardait Caïn »
  • Jiminy Cricket : un cricket qui est la conscience morale de Pinocchio dans le dessin animé de Walt Disney

  • La conscience morale comme forme de justice : Crime et Châtiment de Dostoïevski évoque une forme d’auto justice

    • La punition qu’inflige la conscience de Raskolnikov à lui même est pire que la prison ou le camp de travail => Le vrai châtiment de Raskolnikov n’est pas le camp de travail auquel il est condamné, mais le tourment qu’il endure tout au long du roman

St Augustin

– Dans Les confessions, St Augustin invite au retour sur soi (redi in te) pour atteindre la foi et la vérité intérieure

  • Le maître intérieur : « Dieu plus intime à moi-même que moi-même »
Descartes

– Découvre l’évidence du sujet conscient de lui-même et dès lors certain de sa propre existence

  • Par le cogito (« je pense donc je suis »), Descartes découvre la conscience humaine en tant que sa caractéristique première est d’être pensant et le propre d’une subjectivité
    • Nous avons la conscience (« je pense », c’est immédiate, une évidence absolue et c’est aussi le premier maillon de toutes les vérités dans l’ordre de la connaissance certaine) et alors nous avons conscience de nous-même (« je suis ») => rien ne peut remettre en cause cette certitude absolue de la conscience de soi = elle devient le fondement et le modèle de toute connaissance

    • Le « je pense » est la certitude première de toute conscience qui est le fond sur lequel tout acte de conscience prend naissance

      • Penser c’est toujours savoir que l’on pense

      • La conscience est le nom du savoir que l’on a du seul fait qu’on pense

      • Ma conscience est une substance pensante (une chose) absolument distincte de mon corps
  • Descartes découvre dans sa démarche du doute méthodique, le caractère absolument certain de l’existence du sujet : « je pense, donc je suis », « pour penser, il faut être »
    • Mais savoir que j’existe (avoir conscience de soi) ce n’est pas encore connaître qui je suis

    • Pour Descartes, elle est plus facile à connaître que le corps => une transparence du sujet à lui-même …

Locke

– L’approche anglo-saxonne de la subjectivité : une « conscience de Soi », le Self, conscience d’une identité fruit de la seule conscience = un principe d’unité immanent, continuité de la vie mentale

  • L’expérience immédiate que fait l’esprit de lui-même comme intériorité continue, comme une personne = une identité temporelle
  • C’est une sphère mentale privée composée d’un flux d’idées en perpétuelle évolution dans le théâtre intérieur de l’esprit dont l’unité n’est pas substantielle mais repose sur la perception interne qu’on en a => C’est l’identité personnelle, ce qui fait qu’un être raisonnable est toujours le même

    • Le caractère explicitement perçu du Soi : l’esprit n’a d’unité que parce qu’il perçoit de fait que chaque pensée se rapporte à un même pôle, à un même sujet concret, nous voyons que c’est un même sujet qui fait toutes ces opérations

Pascal

– La conscience est l’essence de l’homme, elle en fait à la fois sa grandeur (sa dignité et le rend responsable de ses actes) et sa misère

  • J’ai conscience de ce que je fais et peux en répondre devant le tribunal de ma conscience et celui des hommes

  • Mais par elle l’homme en connaît sa misère : la conscience arrache l’homme à l’innocence du monde

    • L’homme se rend compte de sa disproportion à l’égard de l’univers et surtout qu’il doit mourir

« L’homme n’est qu’un roseau, le plus faible de la nature ; mais c’est un roseau pensant  [..] Mais, quand l’univers l’écraserait, l’homme serait encore plus noble que ce qui le tue, puisqu’il sait qu’il meurt, et l’avantage que l’univers a sur lui, l’univers n’en sait rien. »

« La grandeur de l’homme est grande en ce qu’il se connaît misérable. Un arbre ne se connaît pas misérable. C’est donc être misérable que de se connaître misérable ; mais c’est être grand que de connaître qu’on est misérable»

« Toute notre dignité consiste donc en la pensée. C’est de là qu’il faut nous relever et non de l’espace et de la durée, que nous ne saurions remplir. Travaillons donc à bien penser : voilà le principe de la morale. »

« Que chacun examine ses pensées, il les trouvera toutes occupées au passé et à l’avenir. […] Ainsi nous ne vivons jamais, mais nous espérons de vivre ; et, nous disposant toujours à être heureux, il est inévitable que nous le soyons jamais. »

Kierkegaard

L’existentialisme : l’homme est volonté libre mais sans principe donné a priori => c’est à l’individu de construire un sens à sa vie car il n’y a pas d’orientation qui existe a priori dans un monde sans valeurs objectives qui garantiraient la moralité de son action

  • Une philosophie inquiète : en l’absence de repère préalable, l’individu est obligé de s’engager dans chaque action, une responsabilité => le sujet n’a pas de nature, il se fait
  • L’homme est conscient de lui-même => le désespoir devant la liberté que j’ai et dont je ne sais que faire, une absence de valeurs mondaines ou de nature humaine pour oriente mon action
    • Un appel désespéré au divin comme seule issue devant l’absence de mobiles moraux d’action dans le monde => la seule solution, la conversion, le passage du moi à la perspective de la foi = la foi en Dieu pour que nos actes soient orientés par le Bien
      • L’homme est structurellement capable de pécher (la nature humaine n’enveloppe pas un sentiment du bien comme le croyait Rousseau)
Marx

– Les sentiments, les idées des hommes sont déterminés par leur position dans la société

Husserl

– La conscience n’est pas une chose (Descartes : une « substance pensante ») en laquelle les objets viendraient s’imprimer, mais un rapport au monde, une visée, un projet

  • Elle exprime la liberté du sujet dont la nature ne peut se confondre avec celle des « choses »

– La conscience intentionnelle désigne l’acte par lequel la conscience se rapporte à l’objet qu’elle vise

  • C’est une activité de projection vers les choses, toujours au-delà d’elle-même : « la conscience est toujours conscience de quelque chose »

=> elle est toujours porteuse d’un objet qu’elle vise et qui l’empêche de saisir le sujet lui-même

  • La conscience n’est pas une substance mais une relation
    • C’est par l’activité de la conscience que le monde m’est présent

    • C’est une visée intentionnelle : elle se projette vers le monde, une tension vers ce qu’elle n’est pas, vers ses souvenirs ou vers l’avenir
      • Elle implique une forme de dualité entre un sujet et un objet : il existe une distance irréductible entre le sujet conscient et l’objet qu’il vise, même si cet objet est lui-même => il n’y a donc pas pour le sujet de pure coïncidence de soi à soi
      • Mais aussi une forme d’unité, de liaison : c’est l’intentionnalité
      • La conscience en visant l’objet lui donne un sens et un point de vue qui le modifie : désirer telle chose c’est la voir à travers mon désir et non pas en elle-même

        • La perception est toujours prise dans un réseau de significations : je ne peux percevoir que ce qui pour moi a un sens
  • La conscience n’est rein d’autre que la temporalité elle-même

Freud

– Le phénomène de la conscience est perception du monde environnant et d’une partie de la vie psychique

  • Le sujet n’est pas transparent à lui-même et n’est pas parfaitement maître de ses pensées

– Freud dans la 1ère topique décrit trois instances composant l’appareil psychique

  • La conscience (Cs) : la conscience n’est pas l’essence du psychisme, elle n’en est qu’une partie et ignore de nombreux phénomènes qui sont de l’ordre de l’inconscient qui est une activité qui évoque une vie psychique inconsciente, non une simple absence de conscience, et suppose de dissocier (contre Descartes et Locke) psychisme et conscience

    • La conscience de soi n’est pas la connaissance de soi
      • Que sais-je de moi-même ?

      • Que sais-je du lieu d’où surgit ma pensée ?

      • Comment, par exemple, expliquer la mauvaise foi ? Dans la mauvaise foi, il semble bien que je me mente à moi-même ; mais le menteur connaît la vérité, et tente de la dissimuler : dès lors, comment peut-il, sur le mode de la mauvaise foi, se mentir à lui-même ? Comment peut-il être à la fois le trompeur et le trompé ? Comment, autrement dit, la conscience peut-elle être à la fois savante et ignorante ? Et comment, aussi, puis-je continuer de prétendre que « je suis » cette conscience, et en même temps en être la victime ?

  • Le préconscient (Pcs) : mes souvenirs ne sont pas tous actuellement présents à ma conscience mais ils sont disponibles

    • Le subconscient désigne l’activité psychique qui affleure la conscience sans y parvenir tout à fait (le préconscient pour les psychanalystes)

  • L’inconscient (Ics) : détermine certains actes conscients à mon insu => ruine l’idée chère à la philosophie classique d’une transparence du sujet à lui-même (Descartes)

      • Certaines pensées y sont refoulées parce qu’inacceptable par le sujet causé par un conflit entre nos exigences morales et nos pulsions

      • Le sens véritable des motifs qui me poussent à agir m’échappe souvent : le sujet est dépossédé de sa souveraineté

        • Nous ignorons pourquoi nous avons de l’attrait ou de la répulsion à l’égard de certains objets

      • C’est un système indépendant qui ne peut pas devenir conscient sur une simple injonction du sujet car il a été refoulé

        • Un conflit intérieur entre les désirs qui cherchent à se satisfaire et une personnalité qui leur oppose des résistances

      • Il ne peut s’exprimer qu’indirectement dans les rêves, les lapsus, les actes manqués, les symptômes névrotiques

– Une névrose provient d’une rupture d’équilibre entre les 3 instances psychiques suivantes (2nd topique) => la cure psychanalytique = retrouver un équilibre vivable entre les contraintes sociales et nos désirs

  • Le ça est totalement inconscient : la part pulsionnelle (libido, pulsion de mort)

Freud « je ne suis donc pas maître dans ma propre maison »

  • Le sur-moi est inconscient : la puissance des interdits intériorisés – interdits parentaux, interdits sociaux – à l’origine du refoulement et du sentiment de culpabilité

    • il autorise ou interdit les actes du moi

    • c’est la conscience morale, pour Freud c’est une morale intériorisée et acquise, produit de notre éducation

  • Le moi est conscient : se défend contre les pulsions du ça et les exigences du sur-moi
    • Cette instance consciente possède une fonction d’exclusion, le refoulement : elle écarte les représentations qui lui semblent incompatibles avec son équilibre => l’inconscient ne peut être directement perçu par la conscience
      • Le moi ne satisfait que certaines représentations de l’inconscient que sous une forme très remaniée qui est passée par « la censure » du refoulement
Bergson

– Plus j’ai conscience de ce que je fais alors plus je suis libre car j’ai choisi dans mon action

«  on appelle liberté le rapport du moi concret à l’acte qu’il accomplit »

  • La répétition dans l’habitude est synonyme d’inconscience

Sartre

– Le regard extérieur que porte autrui sur nous et le monde peut venir rectifier ou compléter le point de vue subjectif de notre conscience

  • le point de vue d’autrui peut nous amener à nous voir plus objectivement et nous faire sortir de « la mauvaise foi »

« autrui est le médiateur indispensable entre moi et moi-même : j’ai honte de moi tel que j’apparais à autrui. Et par l’apparition même d’autrui, je suis mis en mesure de porter un jugement sur moi-même comme sur un objet, car c’est comme objet que j’apparais à autrui [..] la honte, est par nature, reconnaissance. Je reconnais que je suis comme autrui me voit »

==================== LEXIQUE =======================

âme : provient du grec psyché, terme longtemps utilisé pour désigner la conscience, mais peut recouvrir des réalités différentes comme dans le sens religieux.

conscience : terme moderne qui n’existait pas dans l’antiquité, on parlait pluton de l’âme pour désigner cette présence du sujet à lui-même et aux choses

  • l’homme peut se mettre à distance des choses et de lui-même pour se les représenter en son esprit et dialoguer avec lui-même

discursif : la pensée a un savoir discursif quand elle doit passer par une série de raisonnements intermédiaires pour parvenir à une connaissance

doute

  • méthodique : résolution de suspendre provisoirement le jugement pour établir la vérité

  • hyperbolique : doute radical et poussé à l’extrême

état modifié de conscience (ou EMC) : état mental différent de l’état de conscience ordinaire, représentant une déviation dans l’expérience subjective ou dans le fonctionnement psychologique par rapport à certaines normes générales de la conscience à l’état de veille », e.g. rêves, états hypnotiques, hallucinations, transe, méditation, états mystiques, etc.

éthique : théorie des fins de l’action humaine et de la vie heureuse

généalogie (Nietzsche) : méthode qui tente de comprendre ce qui a pu exiger la construction de ce que nous tenons pour naturel et inné, pour des valeurs a priori et dont la légitimité est présentée hors de doute et montrer quel besoin leur émergence a satisfait, i.e. de quoi leur émergence est le symptôme

inconscient = dépourvu de conscience

  • inconscient du corps (respiration, circulation sanguine, digestion, les réflexes, les tics, etc.), la marche pris par habitude
  • inconscient de l’esprit (Leibniz = « les petites perceptions » qui existent en nous sans que nous le sachions), des souvenirs
  • inconscient refoulé et dynamique (les rêves, les actes manqués seraient la réalisation indirecte et déguisée de désirs inconscients)

intentionnalité (Husserl) : acte par lequel la conscience se rapport à l’objet visé, elle se dépasse vers autre chose qu’elle-même

intuition : acte de saisie immédiate, directe d’une chose par la pensée, sans passer par l’intermédiaire d’un raisonnement

  • une intuition sensible : l’objet considéré est une chose (je vois un arbre)

  • une intuition intellectuelle : il s’agit d’une idée (je conçois un triangle)

je : principe par lequel le sujet exprime son identité

morale : doctrine tendant à établir de façon normative les valeurs des conduites

objectif : ce qui appartient à l’objet en lui-même, en sa réalité propre, hors de l’esprit qui le pense. Dénué de préjugé ou de parti pris. Peut être employé au sens de réel ou de scientifique.

pensée : tout ce qui se passe dans l’esprit et qu’il aperçoit immédiatement en lui

pétition de principe : un raisonnement fallacieux dans lequel on suppose dans les prémisses la proposition qu’on doit prouver

cure psychanalytique : consiste à retrouver un équilibre vivable entre les contraintes sociales et nos désirs

réflexion : du latin reflexio = action de se tourner en arrière, c’est le retour de la pensée sur elle-même

représentation : une idée de ce qu’est la vérité sur un objet donné, une idée que l’on se fait sur le monde

Socrate : « connais-toi toi-même »

  • L’homme se doit d’être digne de son humanité en vivant ni comme un animal ni comme une chose : il se doit de chercher à savoir ce qu’est un homme pour vivre le plus humainement possible
  • La sagesse : reconnaître son ignorance, savoir distinguer ce que l’on sait de ce que l’on ne sait pas

subjectif : qui appartient au sujet, désignant en général l’homme, soit en tant que personne douée de sensations, de sentiments, soit en tant qu’esprit raisonnant

  • Qualifie la connaissance ou la perception d’un objet, réduite ou modifiée par la nature du sujet

subjectivité : désigne le fait pour l’homme d’avoir une conscience

substance : ce qui soutient, ce qui subsiste

sujet / objet :

  • le sujet est le producteur de l’objet et est celui qui pense et qui est conscient. Synonyme de personne et s’oppose à la notion d’objet, un être caractérisé par la conscience
  • l’objet est ce qui est produit par le sujet, il est ce dont le sujet est conscient

vérité : caractère d’un jugement auquel on peut accorder son assentiment

=================== CONFERENCES / MOOC / DOCUMENTATION =================

Conscience (Courant philosophique) >>> http://www.histophilo.com/conscience.php

La conversation scientifique – La conscience est-elle devenue une affaire de science ? >>> https://www.youtube.com/watch?v=y2lMd54tYVY

Le Coup de Phil’ #6 – Le Cogito de Descartes (Cogito Ergo Sum) >>> https://www.youtube.com/watch?v=QTjRNX9sBEE

QUE NOUS APPREND LA SCIENCE SUR LA CONSCIENCE ? >>> https://www.franceculture.fr/conferences/que-nous-apprend-la-science-sur-la-conscience

La notion de conscience en philosophie >>> http://www.onelittleangel.com/sagesse/citations/conscience.asp

la conscience & l’inconscient >>> http://philia.online.fr/dossiers/d-01,0.php

PEUT ON DECODER LA CONSCIENCE Stanislas Dehaene Conférence >>> https://www.youtube.com/watch?v=WaRaD4doNxA

L’Apprenti Philosophe – La Conscience, l’Inconscient et le Sujet >>> http://www.pratiques-philosophiques.fr/wp-content/uploads/2014/PDF/La_Conscience__l_Inconscient_et_le_sujet.pdf

Philosophie du vivant 43 — Qu’est-ce que la conscience ? >>> https://www.youtube.com/watch?v=9mqpvT5I6IA

PHILOSOPHONS 7) La conscience (1ère PARTIE) >>> https://www.youtube.com/watch?v=-wfCGJ5SgxY

Victor Hugo – La conscience >>> http://www.victor-hugo.info/poemes/158.html