Spinoza (1632 => 1677)

Une subversion par l'immanence 
« bien agir et être dans la joie »

– La philosophie de Spinoza a marqué ensuite toute l’Europe

  • Hegel « Tout philosophe commence par être spinoziste »
  • Novalis « Spinoza est ivre de Dieu » Dieu est partout dans l’Éthique
  • Bergson « Tout philosophe a 2 philosophies, la sienne et celle de Spinoza »
  • G.Deleuze : Spinoza est « le prince des philosophes »

– Spinoza a gagné sa vie comme polisseur de lentilles (mythe remis en cause par les sources historiques… en fait, il aurait été pensionné par des amis)

  • une cohérence totale entre son métier (qui aide à voir par les yeux du corps) et sa philosophie (qui aide à voir par les yeux de l’esprit)

– La philosophie de Spinoza est une critique de la religion bien qu’il ait continué de verser sa cotisation à la communauté juive (il n’y a pas d’antisémitisme chez lui)

  • Il observe que les religions divisent les hommes (la passion religieuse peut mener à la folie, il a été poignardé par un fanatique religieux)

  • C’est une philosophie construite sans référence à un Dieu transcendant

  • Spinoza confère une égale dignité au corps et à l’esprit (il n’y a pas dévalorisation du corps au profit de l’esprit)

  • Pas de préjugé finaliste : les choses de la nature ne sont pas faites pour nous (les hommes cherchent les signes de la volonté divine, e.g. dans les entrailles des animaux)

L’éthique, son grand livre, écrit durant 16 ans, dont l’objet principal est de comprendre la logique des affects. Il démontre « selon l’ordre géométrique » : il est écrit à la manière d’un traité de mathématique (comme Les éléments d’Euclide) avec des axiomes, théorèmes et démonstrations et scolies (commentaires)

  • Spinoza = la perfection comme nécessité
    • Dieu vit dans la nécessité donc il est parfait
    • La liberté est la nécessité interne (Dieu suit les lois de sa propre nature et il est donc libre)
  • Descartes = la perfection comme libre arbitre
    • Dieu a une volonté absolue (la libre création des vérités éternelles, aurait pu faire que 2+2 fasse 5)
      • La liberté de la volonté
    • Dieu ne choisit pas forcément en fonction du Bien
  • Leibnitz = détermination par le bien
    • « Le meilleur des mondes possibles »

– Spinoza est l’incarnation de la sagesse 

  • Il rejette les notions de Bien et de Mal – caractéristiques de la morale religieuse – pour dire qu’il faut chercher plutôt ce qui est bon ou mauvais pour chacun d’entre nous et qui varie selon les cas
    • Remplacer la morale qui est monolithique par l’éthique, qui est une pratique individuelle, personnelle
      • Expérimenter et comprendre ce qui met dans la joie ou la tristesse
        • Diffère selon chacun
      • Une réflexion déculpabilisante qui apporte du réconfort
      • Il ne s’agit pas d’accomplir un Bien venu d’en haut, édicté par des figures d’autorité, mais de découvrir pour soi ce qui nous semble bon
      • Pour autant, on ne peut pas faire n’importe quoi
        • Le criminel qui éprouve de la joie en commettant ses crimes n’est pas spinoziste car c’est un acte mauvais pour la communauté des hommes et de plus il éprouve une joie passive
  • L’amour intellectuel de dieu (i.e. de la Nature) entraîne la sérénité
THEORIE DE LA CONAISSANCE

– Il y a 3 niveaux de la connaissance (les « genres » de connaissance ») : ce sont des rapports existentiels au monde

  • 1er niveau de connaissance (« la connaissance du 1er genre ») = la connaissance par imagination, par les sens, par opinion, par oui-dire, ce que l’on a entendu dire (la doxa chez Platon opposée aux Idées)
    • C’est une connaissance de seconde main, médiée, pas directe et c’est celle qui domine
      • C’est la connaissance fausse
      • Une connaissance non fondée sur un raisonnement
    • Ce sont des opinions véhiculées par imitation, on répète, les préjugés, les superstitions, les connaissances sans fondements
    • Elle est empirique : e.g. « je barbotte dans l’eau, mon corps subit les vagues de l’eau » G.Deleuze
      • La perception est un événement qui arrive au corps et c’est aussi un événement qui arrive à l’esprit
        • Nous ne percevons que les interactions entre notre corps et les objets
        • L’esprit est l’idée du corps = l’esprit perçoit (il a des idées) ce qui arrive au corps
          • Ces idées sont toujours confuses, c’est du mélange : ce sont les affections du corps = nature du corps affectant + nature du corps affecté
          • Une connaissance incomplète car on a les conséquences sans les prémisses (je ne connais pas les mécanismes de production de cette connaissance)
            • e.g. j’ai la perception que le soleil n’est qu’à 200 pieds au-dessus de ma tête = c’est le soleil éprouvé par mon corps (on ne connaît pas les mécanismes de cette production)
  • 2ème niveau de connaissance (« la connaissance du 2ème genre) » = la connaissance rationnelle, la connaissance par enchaînement d’idées, déduire une conséquence à partir de prémisses
    • Elle est empirique et rationnelle : e.g. « je sais nager au sens où je sais composer mes rapports avec les rapports de la vague, avec l’élément eau » G.Deleuze
    • Grâce aux travaux des mathématiciens, une connaissance qui démontre d’une façon logique, discursive, qui se fonde sur des axiomes, sur des structures universelles de l’esprit humain
  • 3ème niveau de connaissance (« la connaissance du 3ème genre ») = « la science intuitive », une connaissance intuitive et rationnelle
    • Une connaissance immédiate : on ne raisonne pas (intuition vient du latin intuiteri = voir)
    • Une vision directe, d’un seul coup, une évidence, une idée vraie est une idée qui s’affirme d’elle-même (e.g. l’idée de Dieu)
    • Elle est purement rationnelle, il n’y a rien d’empirique, par exemples
      • G. Deleuze « je connais les essences dont dépend les rapports, je sais ce que sont l’eau, l’onde, la vague, le principe d’Archimède, leurs causes »
      • Les proportions : « 3 est à 6 comme 2 est à 4 » => on voit immédiatement qu’il s’agit du double, pas besoin d’un raisonnement
      • La prise de conscience du lien qui existe entre une réalité partielle (les existences particulières) et la totalité qui l’englobe (leur support infini)
        • On voit directement que nous sommes une partie (limité) de la totalité (infinie) = la compréhension que nous faisons partie d’un tout qui nous ressemble
          • Ce n’est pas une connaissance mystique

Il n’y a qu’un seul monde qui est à la fois la nature matérielle et la nature spirituelle = la Nature

  • La Nature pour Spinoza c’est l’Univers à la fois matériel et spirituel = TOUT ce qui existe, matière et idée
    • Il appelle la Nature :  « Dieu »
      • « Deus sive natura » (« Dieu c’est-à-dire la Nature« )
  • L’esprit humain a la connaissance adéquate de l’idée de Dieu qui est la cause infinie de toutes choses
    • C’est une connaissance du 3ème genre
    • Spinoza part de la notion d’infini qui regroupe tout ce qui existe : Il n’y a pas d’autre monde que notre monde, il n’y a rien à l’extérieur de notre monde, rien à l’extérieur de la Nature => nous sommes dans l’immanence
    • Un panthéisme (tout est en Dieu, Dieu est tout)
    • Une ontologie moniste chez Spinoza = il n’y a qu’une seule substance
    • C’est un Dieu
      • non personnel
      • non créateur
      • ni juge, ni monarque
  • Dieu est la substance qui possède un nombre infini d’attributs
    • La substance est le socle universel que l’on peut appeler l’Être
      • On ne peut la comprendre que par elle-même mais c’est elle qui explique tout
        • C’est la plénitude, la perfection de l’Être
          • La substance = l’idée la plus parfait pour Spinoza
      • Un attribut est l’expression de la substance elle-même (Dieu s’exprime partout)
        • Un attribut est ce dont on a besoin pour définir une chose
        • C’est ce que l’esprit humain saisit de la substance sous une certaine perspective
          • L’homme ne connaît que 2 attributs de la substance
          • l’Étendue (la matière)
          • la Pensée (les idées)
        • La réalité pour l’homme se donne par l’Étendue et la Pensée
          • Dans l’esprit il y a des idées (des concepts) et derrière il y a la Pensée (« l’âme » au 17em)
            • Les idées sont à la Pensée ce que la Pensée est à la substance
    • Les modes sont des manières d’être, des modifications de la substance perçus sous chacun de ses attributs
      • Ce sont des expressions des attributs
        • un corps est une affection (affectio), une modification de l’Étendue
      • C’est en même temps une partie du tout et un effet de la substance
      • L’homme est une partie de la Nature d’un double point de vue
        • d’un point de vue matériel : il est un corps et c’est donc un mode de l’Étendue
          • il est une expression de l’attribut Étendue
        • d’un point de vue spirituel : il est un esprit et c’est donc un mode de la Pensée
          • il est une expression de l’attribut Pensée
      • Le corps et l’esprit ne sont qu’une seule et même chose perçue tantôt sous l’attribut Étendue tantôt sous l’attribut Pensée
      • Le parallélisme » = il n’y a pas d’interactions entre les attributs car ils expriment la même chose
        • C’est Le coup de force de Spinoza : le refus de causalité entre l’âme et le corps
        • Tout ce que l’on peut dire de l’attribut Pensée (l’esprit) va se déduire de ce que l’on peut voir dans l’attribut Étendue (le corps)
        • L’homme est une unité corps-esprit : le corps et l’esprit sont les 2 aspects de l’être humain
          • L’esprit est l’idée du corps = l’esprit perçoit (il a des idées) ce qui arrive au corps et rien d’autre
          • L’unité corps et esprit chez l’être humain rendue possible par l’unité ontologique de la nature (une seule substance qui est la Nature)
            • Corps et esprit sont 2 aspects d’une même réalité qui appartient à la substance
          • Spinoza confère une égale dignité au corps et à l’esprit
            • il n’y a pas dévaluation du corps au profit de l’esprit
          • L’homme n’est pas une difficile union entre un corps et une âme (e.g. Descartes fait intervenir la glande pinéale)
            • Spinoza parle toujours d’esprit et de corps
          • Définition de l’individu humain = un corps individué + conscience de son corps

Alain « L’homme qui existe actuellement est, lui aussi, à la fois chose et idée. Considéré comme chose, c’est-à-dire sous l’attribut étendue, l’homme est un corps ; considéré comme idée de ce corps existant actuellement, c’est-à-dire comme idée actuellement réelle, et non pas seulement comme essence éternelle, l’homme est une âme. Et l’on voit par là que l’âme humaine est en rapport avec Dieu de deux façons. D’abord elle est en Dieu comme essence éternelle, éternellement concevable ; mais elle est aussi en Dieu en tant que Dieu contient, sous l’attribut étendue, l’existence actuelle du corps dont l’âme est l’idée. C’est ce que l’on exprime en disant que l’âme de l’homme est unie au corps de l’homme. L’âme et le corps sont unis de la même manière qu’en Dieu les attributs pensée et étendue sont liés, c’est-à-dire sont deux attributs d’un seul et même être »

  • L’esprit humain est :
    • pour Platon : l’âme est de la même étoffe que les Idées
    • pour Descartes = un souffle divin
    • pour Spinoza, c’est l’idée d’un chose singulière existant en acte
      • Une idée est une activité de l’attribut Pensée qui a un objet
        • Le 1er objet de l’esprit humain c’est le corps
      • L’être humain est l’unité des 2 attributs (la Pensée et l’Étendue)
        • L’esprit humain est la conscience de notre corps
      • L’esprit n’agit pas sur la matière car c’est la même chose : ce sont comme les 2 faces d’une même médaille
        • L’être humain n’est qu’une seule réalité (l’esprit n’agit pas sur le corps et réciproquement)
        • Tout ce qui se passe dans la Pensée correspond à quelque chose qui se passe dans l’Étendue
        • Pensée et Étendue sont 2 langages qui disent la même chose
          • e.g. un même événement produit en même temps de l’adrénaline (dans le corps) et émotions (dans l’esprit)
  • L’Univers = la substance + les affections (les modification de la substance = les modes, des manifestations de la substance)
  • Pas de préjugé finaliste comme dans les religions : les choses de la Nature ne sont pas faites pour nous
    • Les hommes cherchent les signes de la volonté divine (e.g. dans les entrailles des animaux)
      • Il y a un appareil interprétatif du clérical car les choses sont ambiguës
    • Les mathématiques, le rationalisme (le 2ème genre de connaissance) pour arracher l’humain du préjugé finaliste
  • mens, traduit par
    • L’esprit qui est le siège de la connaissance
    • L’âme qui est le siège des affects
      • Elle est une idée et a des idées (e.g. l’idée du triangle)
    • Spinoza pense que tout est déterminé => le monde est rationnel, il n’y a que des causalités
      • Il exclut la magie et le mystérieux : tous les événements sont nécessaires (physiques et spirituels)
        • Ce qui entraîne une sérénité la plus joyeuse (béatitude)
          • Spinoza rappelle les stoïciens (destin)
      • Dieu agit selon sa nature, il est déterminé à agir selon ses propres lois  : « une nécessité libre » => la liberté selon Spinoza c’est d’agir selon les lois de sa propre nature
        • Il n’y a qu’un seul univers possible car Dieu n’aurait pas pu produire les choses autrement puisqu’il agit suivant ses propres lois
        • Il n’y a pas de possible ni de contingent car tout est nécessaire
          • il n’y a que du nécessaire et de l’impossible (e.g. un cercle carré, c’est une contradiction par rapport à la définition)
          • Nota : quand on parle de « contingent » c’est que nous ignorons l’ordre des causes sur cette chose
      • Chacun de nous est le fruit d’un long enchaînement de causes complexes et obscures
        • Tout a une cause = le rationalisme du 17ème
          • causé par soi (Dieu)
          • ou causé par autre chose (les modes)
        • Exister c’est produire des effets
          • Plus une chose a d’être, plus elle produit des effets
            • Dieu a une puissance infinie de produire des effets
              • la « Nature naturante » = la substance et ses attributs = la totalité de l’univers
              • la « Nature naturée » = les choses finies (les modes)
        • Influencera Nietzsche (« la généalogie ») et Freud (la psychanalyse)
THEORIE DES AFFECTS

– Le corps est un individu : c’est un équilibre entre les différents éléments du corps (les organes) et c’est une unité qui perdure à travers le temps

  • Il y a unité du corps et de l’esprit = quand il y a un événement dans le corps, il y a également un événement dans l’esprit car en fait c’est le même événement => Tout événement du corps est perçu, vécu par l’esprit
    • Mais ne veut pas dire compris, cela peut être mal compris, mal connu (e.g. « les petites perceptions » chez Leibnitz, l’inconscient chez Freud), mal interprété
    • L’esprit enchaîne des connaissances et le corps enchaîne des mouvements
  • On perçoit le corps par les idées des affections du corps, par la conscience des modifications du corps
    • La conscience perçoit le corps par la conscience interprétative des événements du corps = les idées des affections (modification) du corps
    • Une modification du corps est perçue à travers une interprétation, et c’est d’abord une confusion
      • La conscience est toujours consciente des événements du corps et en même temps cette conscience est confuse, la conscience de soi n’est pas forcément claire (Freud => l’inconscient)
        • Nous sommes toujours conscients des événements de la vie, mais souvent c’est une connaissance confuse
    • La conscience du corps n’est pas forcément une connaissance
      • Conscience (une perception) ne veut pas dire connaissance
        • une connaissance est une réflexion claire et organisée et qui comprend ce qui se passe
      • L’affectivité se passe dans l’esprit humain, et d’abord c’est confus, pour les contemporains de l’ordre de l’inconscient

– L’essence de l’être humain est le conatus = l’effort pour persévérer dans l’existence

  • L’être humain (comme toutes les choses) s’efforce de persévérer dans l’être
    • Il est une unité qui est un dynamisme, un élan
    • C’est un effort pour vivre, un dynamisme, un mouvement vers la vie
  • Chez l’homme c’est le désir qui le fait tendre naturellement vers ce qui lui parait bon pour lui
  • C’est la loi de la vie : toute chose fait un effort pour persévérer et grandir dans son être
    • Alain « toute chose a une essence éternelle. C’est donc l’éternité de l’essence qui rend impossible la destruction de la chose par elle-même ; toute chose, parce qu’elle a une essence éternelle, durera indéfiniment, si elle existe, jusqu’à ce qu’une cause extérieure à elle la détruise. C’est ce qu’on exprime en disant que toute chose, par nature, dure et se conserve tant que des causes extérieures ne la chassent pas de l’existence »
    • Le conatus pour tout être vivant est aussi un effort pour accroître sa puissance intérieure, accroître sa puissance d’agir, sa puissance d’être, augmenter sa puissance d’action, son énergie vitale
      • C’est non seulement un effort de conservation mais aussi un effort pour s’épanouir le plus possible
        • Ce n’est pas une volonté de domination politique
    • L’homme dans la Nature poursuit son intérêt (agrandir son territoire si il a plus d’enfants) Alain « c’est l’être qui est d’abord, et la destruction est un phénomène extrinsèque ; voilà ce qu’il y a de vrai dans l’amour de soi »
      • Il sort du droit de nature (qui est avant la civilisation) pour ne pas se détruire en créant le droit positif (les lois) => « L’homme raisonnable est plus libre dans la cité où il vit sous la loi commune que dans la solitude où il n’obéit qu’à lui-même »
        • Ce n’est pas Rousseau mais Spinoza qui fonde le pacte social du 18ème siècle, qui est le passage du droit de nature (la lutte des individus, Hobbes « la guerre de tous contre tous » où le plus fort et le plus rusé l’emportent) au droit civil (passage de la violence à la raison, engagement réciproque d’un certain nombre de droits définis ensemble)
          • Spinoza était la bombe à retardement qui allait exploser au 18ème siècle (nom de code de Spinoza : « Monsieur de l’être »)
          • TTP : appel à la démocratie, la raison, la tolérance, la liberté de pensée et d’expression => Spinoza est le fondateur des idées modernes

Nous sommes d’abord gouvernés par nos affects (les émotions, sentiments, désirs)

Alain « Nous appellerons sentiment l’idée d’une modification de notre corps, par laquelle sa puissance d’agir est augmentée ou diminuée. »

  • Un affect est une affection du corps (une modification du corps) accompagnée de l’idée de cette affection
    • C’est une modification du corps accompagné de sa conscience
      • mais cette idée peut être inadéquate (i.e. obscure, tronquée)
    • Il y a une réflexivité des affects = ils sont conscients
  • Les affects sont accompagnés d’une pensée, d’une idée qui est :
    • soit une idée inadéquate = une idée fausse fondée sur l’imagination, sur des illusion => c’est une idée partielle, tronquée
      • Quand on ressent des émotions négatives telles que l’envie : c’est une idée fausse sur les autres et soi-même
        • On oublie que la personne que l’on jalouse est le fruit de déterminismes qui lui sont propres, qui ne sont pas les mêmes que pour nous
        • Sans même s’en rendre compte, on s’imagine que l’autre est semblable à nous, que nous sommes l’un et l’autre capables des mêmes choses
    • soit une idée adéquate = une idée vraie fondée sur la raison => c’est une idée complète
      • L’idée adéquate est une idée qui s’explique par notre seule nature, notre seule puissance, et qui n’est pas engendrée par une influence extérieure, un modèle venu du dehors
        • Par exemple : une idée “adéquate” de soi-même = la conscience de ses limites, compréhension que nous sommes la conséquence de toute une série de causes qui remontent à loin
      • Les essences sont des idées adéquates : c’est la nature de la chose, et elle est dans l’éternité (i.e. indépendante du temps)
  • Il y a 3 affects primitifs (i.e. premiers, à l’origine des autres affects)
    • Le désir (qui remplace le mot conatus) : c’est l’aspect psychologique, donc forcément conscient puisque c’est dans la pensée
      • affectus = traduit par affect (conscience)
      • Désirer = poursuivre, vouloir, avoir des impulsions, des inclinations, des envies
        • mais le désir est toujours conscient
      • Appétit : aspect physiologique
        • affectio = affection (une modification de l’esprit et du corps)
          • nota : les modifications sont plus visibles du côté du corps
      • Le désir comme tel est bon et c’est tout notre être « Le désir est l’essence de l’homme »
        • C’est le premier à mettre au centre de l’être humain le désir qui pour lui est la base générale de toute affectivité
        • Chez Hobbes, le désir apparaît sous le nom de convoitise
          • Le désir de la gloire qui entraîne la guerre => un monarque est nécessaire
        • Chez Schopenhauer, le désir est négatif car source de souffrance (la vie n’est qu’un balancier qui oscille de droite et de gauche entre la souffrance et l’ennui)
        • Le bouddhisme veut supprimer les désirs pour atteindre le calme, sérénité, absence de troubles
      • Si on n’a plus beaucoup de désirs, alors c’est la dépression totale
      • C‘est notre désir qui définit le bien et pas comme Platon qui dit que l’on doit contempler le Bien qui est transcendant (la dialectique ascendante) « Nous ne désirons pas une chose parce qu’elle est bonne, mais nous estimons une chose parce que nous la désirons  » => c’est le désir qui fait la valeur, c’est lui qui est premier, et cela souligne notre liberté dans l’acte de création
        • Le désir n’est pas négatif (e.g. comme le pensent les religions) et c’est le moteur de notre existence
        • Spinoza réhabilite le désir et la vie affective mais pas les passions où l’homme se fait emporter par l’ignorance et l’erreur
    • La joie : c’est un désir s’accroissant
      • Lorsque l’individu a le sentiment que sa puissance intérieure, sa puissance d’agir s’accroît alors il éprouve de la joie
      • C’est la réalisation entière d’un être
        • C’est un passage à une plus grande perfection (pas une vertu morale), le sentiment que nous progressons vers la perfection, que l’on va d’un état moins parfait à un état plus parfait
        • C’est une réalisation plus grande de notre essence
        • C’est une plénitude d’être (un épanouissement)
      • Il  y a 2 types de joies
        • Les joies passives, des passions joyeuses : elles sont liées à des idées inadéquates qui sont des idées fausses fondées sur l’imagination, sur des illusions
        • Les joies actives : elles sont liées à des idées adéquates qui sont des idées vraies fondées sur la raison
          • Ce sont des joies éternelles fondées sur des vérités, sur la raison, qui vont durer tout le temps
          • On aimera toujours cette personne car on l’aime tel qu’elle est, rien ne peut l’enlever, même la mort, on gardera la joie éternelle, car ce n’est pas lié à une béquille, une dépendance. Définition de l’amour : « L’amour est une joie liée à l’idée d’une cause extérieure »
            • L’amour c’est l’effort que fait l’âme pour se représenter des objets qui renforcent la puissance du corps
            • L’amour est lié à l’idée que l’on a de la personne => une représentation que je fais et donc je peux me tromper
            • Nous rencontrons l’autre à travers nos désirs, nos peurs, nous projetons sur lui : c’est la passion amoureuse
              • Quand 2 amoureux font l’amour pour la 1ère fois, il y a toujours au moins 8 personnes dans leur lit (les amoureux, leurs parents respectifs et leur ex conjoints) = 8 personnes dans leurs inconscients et donc tout est faussé
            • Souvent l’amour se transforme en haine car la joie a été passive (le couple ne se connaissait pas vraiment = idées inadéquates)
            • L’amour vrai n’est pas une fusion entre 2 esprits :
              • c’est la présence de l’être aimé qui reste avant tout un être indépendant
    • La tristesse : c’est un désir qui diminue
      • Lorsque l’individu a le sentiment que sa puissance intérieure, sa puissance d’agir diminue alors il éprouve de la tristesse
      • La tristesse est une diminution d’être
        • C’est la conscience d’une déchéance (le passage d’une perfection plus grande à une perfection moindre, e.g. quand je suis malade)
      • La souffrance est une diminution d’être
        • e.g. un chien enfermé dans une cage toute la journée est dans la tristesse, les poules en batterie également

– Une action = dépend principalement de causes intérieures

Alain « L’âme, en tant qu’elle a des idées adéquates, agit ou fait des actions. En effet, ces idées ne dépendent de rien d’extérieur à elle; elle les conçoit et les enchaîne conformément à sa nature et sans être liée à aucun événement ; en d’autres termes, ces idées, par exemple l’idée de la ligne droite comme résultant du mouvement d’un point, ou l’idée de la sphère comme résultant de la rotation d’un demi-cercle, s’expliquent par la nature de l’âme seule ; nous n’obéissons, en les construisant, qu’aux exigences de notre pensée »

  • Nous ne sommes jamais la cause unique et suffisante de nos actions, il y a toujours un peu de passivité en nous car nous faisons partie d’un tout qu’est la Nature

Une passion est une activité inadéquate (fondée sur l’imagination, sur des illusions)

Alain « Nul ne peut faire que l’homme n’ait pas de passions, parce que nul ne peut faire que l’homme ne soit pas une partie de la nature. »

  • Le terme “passif” a donné naissance aux “passions”, au sens où les Anciens entendaient ce mot : des sentiments que l’on subit
  • Les causes sont mal connues et d’origines extérieures, nous ne sommes pas la cause suffisante de cette action
    • Quand la motivation est extérieure alors nous ne sommes pas la source de nos décisions  => nous sommes dans la passion = passif (l’affect qui ne correspond pas à notre essence)
      • Nos affects sont commandés par l’extérieur, aliénés, e.g. l’imitation, la pression sociale
      • Pour bien comprendre la passion du jeu il faut faire intervenir des causes extérieures, le joueur n’est qu’une cause partielle
    • Les passions obscurcissent le désir qui lui est central
      • Une passion est une expression d’un désir dévié par l’ignorance et l’imagination
    • « les passions tristes » (e.g. colère, envie) rendent les gens malheureux : c’est une soumission volontaire et inconsciente alors que nous pensons être libre
      • Le conatus est une résistance aux passions tristes : on aura plus tendance à l’orgueil qu’à la mésestime de soi
        • On fabrique des résistances qui permettent de substituer une passion joyeuse à une passion triste (la fable du renard et des raisins)
    • D’abord les affects sont des consciences obscures, fausses
      • De prime abord, nous n’avons pas une conscience adéquate des affections du corps
    • Dans la passion nous croyons (idées inadéquates) alors que dans la raison nous savons (idées adéquates)

Alain « Nous dirons que nous pâtissons, lorsque quelque chose a lieu en nous ou hors de nous dont nous ne sommes pas la cause adéquate, c’est-à-dire qui n’est pas explicable par notre nature seule. »

– Spinoza explicite les mécanismes naturels de production des affects (e.g. imitation)

  • Les affects ne sont pas des vices dans le comportement humain
  • Il y a une ouverture originaire à autrui fondée sur le principe de l’imitation spontanée des affects
    • Nous allons faire advenir ce que, pensons-nous, plaira aux autres, afin de bénéficier par imitation de leur propre joie
    • Les gens passionnés font tout pour que les autres croient et vivent comme eux
      • e.g. l’ivrogne veut faire boire les autres
    • Une personne qui est semblable à moi => sa tristesse déteint sur moi et je suis attristé (imitation par similitude)
    • R.Girard : la jalousie précède le désir
      • C’est parce que nous voyons quelqu’un désirer quelque chose que nous le désirons à notre tour
    • La pitié n’est pas une vertu mais elle est causée par l’imitation des affects
      • Le malheur des autres nous rend malheureux et donc on essaye de l’atténuer
    • La joie qui vient de la destruction d’autrui n’est jamais sans apporter aussi de la tristesse par imitation => il y a un mélange et on ne peut pas totalement se réjouir
  • 2 affects qui ont lieu en même temps seront désormais associés dans l’âme
ETHIQUE PROPOSEE PAR SPINOZA

– La philosophie de Spinoza est une éthique = un ensemble de principes pour la conduite de sa vie (ce n’est pas qu’un savoir désintéressé)

  • La question éthique : que fait-on avec les passions ? la haine, l’amour => Réponse : On peut arriver à une connaissance
    • L’éthique de Spinoza :
      • Passer des affects tristes aux affects joyeux :
        • puis des affects joyeux passifs
          • on est dominé par l’extérieur, des idées confuses
        • aux affects joyeux actifs
          • je suis joyeux à propos de quelque chose d’interne à moi et qui ne dépend pas du monde et c’est un choix rationnel et résolu, des idées claires et distinctes
  • La plupart du temps ce sont les affects passifs qui nous dominent
    • Nous sommes ballottés pareil aux vagues de la mer par le vent
  • Un reversement par Spinoza : il n’y a plus de valeurs objectives et transcendantes => ne se préoccupe plus du bien et du mal (la morale)
    • Pour Platon les valeurs existent en dehors de l’esprit humain – les Idées
    • Pour le christianisme les valeurs sont données par Dieu
    • Spinoza : les règles ne viennent pas de la part d’un clergé ou d’un tribunal où la morale est humaine => elles ne sont pas construites par des hommes pour des hommes
      • Elles prennent modèle sur la Nature en recherchant la nature humaine la plus parfaite
      • Nietzsche « par-delà le bien et le mal »
  • Une idée de « perfection » dans l’éthique de Spinoza, une morale de la « vertu »
    • La perfection c’est quand l’idée se réalise :
      • Le cercle : la roue en bois est moins parfaite que la roue d’acier
      • Une maison est parfaite si elle réalise exactement au plan fait auparavant
    • La perfection est la plénitude de nos possibilités  « par réalité et perfection, j’entends la même chose »
  • L’intention fondamentale de Spinoza = la recherche de la joie
    • La joie d’exister, heureux d’être, le fait même d’exister comme une personnalité dense qui ne souffre plus de manque indépassable, pas de souffrance = « le bonheur d’être »
    • Le fondement de la vertu c’est l’essence de l’individu qui est
      • L’effort à se conserver (le conatus) et à accroître sa puissance
      • La recherche de la plénitude de son existence qui sera la félicité
      • La recherche de son bonheur
    • Ce n’est pas le stoïcisme car la visée fondamentale de Spinoza n’est pas la recherche de la sagesse mais la recherche d’un vrai bien (permanent/solide, souverain/extrême et communicable/pas mystérieux/ni égoïste/explicable/partageable) qui est la joie (c.f. Le traité de la réforme de l’entendement)
      • Une simple connaissance ne peut pas combattre un affect mais seul par un autre affect plus fort (un désir plus fort) => l’axe de force principal pour reconstruire notre vie
        • La connaissance est un instrument indirect, mais c’est notre désir d’une joie véritable qui va faire que l’on combat les désirs inutiles
        • Le travail de la raison vise à  « Ne pas se moquer, ne pas se lamenter, ne pas détester, mais comprendre »
          •  Pour ne pas rentrer dans les émotions, utiliser la raison, essayer de comprendre pourquoi quelqu’un agit ainsi, quelle est sa souffrance : son attitude est le fruit d’un grand nombre de causes qui la dépassent, qui renvoient à son histoire et dont elle n’a même pas conscience
          • Prendre ainsi la distance juste et réagir de façon adéquate à une situation
          • Susciter des idées adéquates sur nous-même et les autres et grandir sur des joies actives => Le but c’est que nos affects soient accompagnés d’idées adéquates, qu’ils ne soient pas fondés sur des illusions

– C’est la recherche « d’un vrai bien » qui va faire que la connaissance de nos passions va être efficace « un Bien dont la découverte et la possession eussent pour fruit une éternité de joie continue et souveraine »

  • Un but qui soit permanent, valable en lui-même et communicable à autrui = L’amour intellectuel de Dieu, c’est-à-dire amour de la Nature, du monde
    • C’est le sommet de la morale, d’un itinéraire personnel, le sommet de la sagesse
      • Spinoza n’est pas mystique : Dieu c’est la Nature, et non pas un être transcendant
      • Un Dieu sensible au cœur (Pascal) mais pas mathématique, abstrait ?
  • L’éthique de Spinoza sera une éthique d’accomplissement et pas un accès à un idéal inhumain
  • Un accomplissement personnel => la joie d’exister, de vivre
    • Pas les joies passives qui sont extérieures à nous (e.g. gagner au loto), mais les joies actives (e.g. les joies de la création, les joies de la contemplation des œuvres d’art, les joies de la nature, les joies de l’amour de l’amitié vrai)
  • Le but suprême de l’éthique : la recherche de « la béatitude » (une joie souveraine), i.e. la joie parfaite
    • Les conséquences de cette doctrine : nous conduire comme par la main à la béatitude
    • C’est « la félicité suprême », béatitude = bonheur, pas une médiation religieuse
      • Spinoza utilise le vocabulaire traditionnel de la religion (Dieu) mais il donne un sens nouveau aux termes, utilise béatitude car cela est une expérience extrême
      • Cette félicité suprême est la joie traversée au crible de la réflexion, qui découle de notre propre désir, d’une connaissance adéquate, une joie qui peut s’accroître sans cesse, mais la félicite suprême ne peut pas être augmenté, c’est la joie à son sommet, elle est accessible
    • La béatitude n’est pas une fusion avec une transcendance
      • C’est la satisfaction de soi
        • Le plein contentement intellectuel de soi-même, l’accord complet avec soi-même, le fait de savoir que l’on est ce que l’on désir être
      • On y accède par la connaissance du 3ème genre et nous devons nous rendre compte de l’éternité de notre corps
        • La signification permanente de ce que nous avons été
        • Nous saisissons l’unité du monde et notre insertion dans le tout
          • Par l’éternité de la signification de notre être nous arrivons à la connaissance de Dieu (la totalité de la Nature) par l’intuition »
      • L’éternité est une certaine manière de vivre à l’intérieur de notre condition humaine
        • 2+2 font 4 est une vérité intemporelle, permanente, en dehors du temps

– Spinoza est révolutionnaire car il fait intervenir la raison et l’émotion = faire des choses raisonnables qui nous mettent dans la joie

  • Kant : c’est la morale du devoir qui ne fait intervenir que la raison
    • « l’impératif catégorique » qui serait en nous (« un fait de la raison »), c’est ennuyeux, cela peut nous rendre malheureux mais il faut le faire, le « tu dois » = une action est bonne si elle est faite par devoir
  • Mais l’être humain est aussi affectivité
  • Spinoza passe de la dualité corps/esprit (Descartes) à la dualité joie/tristesse
    • Il y a union du corps et de l’esprit en vue de la joie active = une joie fondée sur la raison
  • Faire des choses qui nous mettent dans la joie => augmentent notre puissance d’action, notre puissance d’être
    • Et de plus on est utile aux autres
      • Les terroriste sont dans des joies passives
  • Nous sommes sans cesse mus par des causes extérieures dont nous n’avons pas conscience, mus par des idées inadéquates qui ne proviennent pas de notre propre nature => Remplacer ces idées passives et inadéquates par des idées actives et adéquates
    • Par la réflexion pour analyser nos pensées
    • Observer notre univers intérieur pour se comprendre, se connaître et essayer d’ajuster ses réactions
    • Remplacer nos idées imparfaites et spontanées, qui nous rendent tristes, par des affects actifs qui ne dépendent que de nous, qui expriment notre nature propre et nous procurent de la joie

– C’est une sagesse qui valorise le désir, contraire aux sagesses qui veulent le diminuer (sagesses ascétiques, orientales) et donc qui créent de la souffrance car le désir est l’essence de l’homme

  • Il faut réorienter nos désirs par la raison
    • Connaître notre nature profonde : savoir ce pourquoi nous sommes faits, qui nous sommes
      • L’injonction socratique « connais-toi toi-même » => e.g. faire un métier qui nous mettent dans la joie et pas dicté par une injonction paternelle ou l’ambition à partir d’idées inadéquates
    • Orienter nos désirs vers des choses ou des personnes qui nous mettent dans la joie
      • Souvent nous ne choisissons pas les bonnes personnes, les bonnes activités
        • Se connaître pour choisir les bonnes rencontres qui nous permettent de grandir => « faites attention à nos fréquentations »
    • Avoir conscience du problème, la volonté ne suffit pas à le régler, mais seul le désir sera moteur du changement
      • Notre raison va susciter un nouveau désir suffisamment fort qui lui, met dans la joie
        • Le principe fondamental de l’éducation : connaître le désir de l’enfant, trouver ce qui motive l’enfant
        • On aide à faire changer quelqu’un en lui trouvant une motivation qui le fera changer
        • On est malheureux parce que notre désir est mal orienté
          • Un péché en hébreux veut dire se tromper de cible

– Le problème éthique : comment faire pour échapper à l’aliénation ?

  • Spinoza pose la question comment vivre libre et déployer le désir : l’éthique pratique et le rapport à l’éternité
    • « bien agir et être dans la joie » est le résumé de l’éthique de Spinoza = agir d’une façon adéquate, indépendante et alors on sera dans la joie
    • C’est une éthique de la joie, de la jouissance de vivre :
      • Il est bon de rechercher des plaisirs équilibrés : e.g. la musique, les exercices physiques, mais modérément
      • Nous recherchons tous la joie : notre essence nous conduit à la recherche de la joie et du bonheur
        • Le désir est premier et c’est le moteur de notre existence => être lucide sur nos désirs
    • Il s’agit de rechercher d’abord « l’utile propre » = « le vrai bien »
      • Ce qui correspond à notre propre essence
      • C’est une recherche réfléchie, cohérente, passée à travers la réflexion
      • Le désir (le conatus) qui est « l’essence de l’homme » doit être éclairé par la raison
        • Elle doit réorienter nos désirs vers des choses et des gens qui nous font grandir et être dans la joie, plutôt que de subir, d’être passif, d’aller vers des choses qui ne nous correspondent pas
        • Le pire des péchés, pour Spinoza, c’est de mal orienter ses affects et d’éprouver de la tristesse
  • La vertu est
    • de développer le conatus
    • et de poursuivre la félicité par la mise en œuvre de la plénitude de son essence
  • Le but est d’entreprendre des actions dont on est la cause principale, où il n’y a pas une grande influence extérieure : comment se libérer des causes extérieures ?
    • Comprendre ce qu’il s’est passé
    • Un sens existentiel, il faut passer de la servitude à la liberté qui est la félicité, la joie, passer de l’ombre à la lumière => L’existence  sera une libération pour rendre possible un plein épanouissement du désir
      • L’exode le passage de la servitude à la liberté
      • Dans la plupart des cas nous sommes dans la servitude, la causalité inadéquate et il faut la combattre car elle est une tristesse, une souffrance (les dépendance sont des passions, des souffrances, e.g. le tabac)
        • L’objet dont on dépend n’est pas à notre disposition, il y a des objets que l’on ne peut pas partager et ils nous mettent dans la servitude
        • Le plus souvent nous ne sommes que cause partielle inadéquate (nous ne déployons pas le désir de façon autonome) => nous sommes dans la servitude qui est dépendance par rapport aux cause extérieures et le sentiment diminué de notre existence
    • Seul Dieu est libre parce qu’il est cause de soi, il n’est déterminé que par sa propre nature
      • Il n’a pas le libre arbitre car ce qu’il fait n’est pas arbitraire : étant donné sa nature il ne peut pas agir n’importe comment « J’appelle libre cette chose qui agit par la seule nécessité de sa nature » => La liberté n’est accordée qu’à la substance (Dieu) et tous les modes (e.g. Les hommes) sont déterminés à agir par la substance
  • Se libérer de l’illusion du libre arbitre
    • L’homme est une partie de la substance infinie et donc obéit à des lois nécessaires (nécessaire = ce qui ne peut pas ne pas être versu contingent = ce qui peut ne pas être ou être autrement) : un déterminisme, les mêmes causes produisent les mêmes effets « L’homme n’est pas un empire dans un empire »
    • L’homme n’est pas plus libre que la pierre qui roule >>> impossibilité pour l’homme de s’extraire du système de la Nature, il est soumis à ses lois => un déterminisme externe
    • Le libre arbitre est une totale illusion (c’est une « libre nécessité ») qui vient de ce que l’homme a conscience de ses actions mais non des causes qui le déterminent à agi, les limites de la conscience qui est trompeuse, source d’illusion « les hommes se croient libres car ils sont conscients de leurs actions mais ignorants des causes par où ils sont déterminés »
      • Une causalité mécaniste, le sentiment de liberté de l’homme résulte du fait qu’il n’a connaissance que des causes immédiates des événements rencontrés
      • L’homme a conscience de ses désirs, de ses représentations, de ses actions mais elle est incomplète, inadéquate, car il est dans l’ignorance des causes qui le déterminent à agir
      • L’homme a la conscience d’être libre et n’a pas conscience d’être aussi influencé par son corps et ses désirs
    • Une causalité mécaniste, le sentiment de liberté de l’homme résulte du fait qu’il n’a connaissance que des causes immédiates des événements rencontrés
      • Une liberté qui est celle de l’intelligence mais pas de la volonté
    • Cependant, l’homme dispose bien d’une liberté dans la mesure où il comprend avec sa raison qu’il est partie prenante d’un tout (la nature = Dieu) => une libération = passer de la passivité à l’activité
      • La liberté ne consiste pas à nier la contrainte (« l’homme est un empire dans un empire ») mais à la convertir en une nécessité comprise => la liberté est la compréhension de la nécessité (pas une remise en cause de la nécessité de l’enchaînement causal), un changement du rapport de la conscience aux événements
      • Est donc libre celui qui sait qu’il n’a pas de libre arbitre, qu’il sait qu’il est déterminé, et qu’il agit par la seule nécessité de sa nature, sans être contraint par des causes extérieures qui causent en lui des passions
    • Il n’y a pas à combattre les désirs par la volonté
      • La libération véritable consiste à redéfinir la liberté qui n’est pas le libre arbitre
      • La liberté n’est rien d’autre que l’authenticité = agir selon sa propre nature
        • On est libre si on agit en étant totalement soi-même
          • Notre vraie liberté c’est d’être nous-même
            • Je veux ce que je veux parce que je suis ce que je suis
            • Un amour des choses tel quelles sont (l’amor fati)
    • La servitude est une aliénation, une dépendance à l’égard de causes extérieures
      • Se libérer de nos passions
        • Spinoza s’élève contre la lutte des passions par la volonté tout puissante
          • ll faut étudier les passions comme si c’étaient des objets de la science, sans les juger et sans les condamner comme des vices, des péchés sans les voir comme une chute, un péché, le mal => il applique une méthode rationnelle à la connaissance des passions
      • La libération véritable est dans la connaissance de nous-même : la connaissance du mécanisme des affects et de notre essence => Spinoza insiste sur le rôle de la connaissance
        • Il faut écarter les affects qui ne sont pas le résultat de notre essence
        • Agir que par notre propre causalité et nous serons libres, agir par nous-même et pas par l’extérieure (la pression social qui va faire que nous allons imiter les autres, la mode et c’est une aliénation)
      • La (Vraie) liberté = comprendre qui on est
        • La liberté consiste à comprendre qui on est, à comprendre nos limites, à se défaire des préjugés, des modèles, des illusions qui nous aliènent afin d’être le plus intensément soi-même, de se débarrasser des idées fausses, des faux rêves, des désirs impossibles
        • Se réapproprier son essence et être le plus intensément soi-même
          • La liberté est d’agir seulement en fonction de son désir, i.e. de son essence
          • La liberté c’est l’autonomie du sujet
      • Qu’allons-nous faire de notre liberté ?
        • Ce qui est le but c’est la félicité, l’épanouissement complet de notre désir
        • La sagesse de l’homme libre n’est pas fondée sur une réflexion sur la mort comme dans le christianisme mais une réflexion sur la vie
    • Lutter pour gagner son autonomie
      • Réussir à être soi-même
      • Chercher à être une cause adéquate à se actes, à être la cause principale de sa manière de vivre et de penser
      • Une distinction entre l’ignorant et le sage
    • L’ignorant ne se sent vivre que lorsqu’il est passif, il ne veut pas faire l’effort de la connaissance, de l’indépendance
      • L’homme libre jouit de son existence, de l’être quand il est actif (la jouissance d’être, la jouissance d’exister)

– Le bonheur du plus grand nombre fait partie de mon bonheur car il faut que les autres soient heureux pour que nous on soit heureux

  • Il n’y a qu’un monde, chaque individu humain est unifié et ce qui est essentiel est le désir et son accroissement, sentiment de puissance intérieure
  • Rien n’est plus utile à l’homme qu’un autre homme vivant sous la conduite de la raison
  • Le système des besoins du corps est plutôt générateur de concorde entre les hommes (je ne peux pas tout faire tout seul)
  • Les relations avec autrui
    • Spinoza montre que l’utile suprême est une société harmonieuse où les autres sont conduits par la raison, vivent intelligemment
    • Le sage est plus libre dans la société (une démocratie qui se fonde sur le pacte sociale) quand il obéit à une loi commune que tout seul « l’homme est un dieu pour l’homme » – Homo homini Deus
      • par la cité, par le travail solidaire, l’entraide, les hommes sont bien les uns pour les autres des dieux : les efforts de chacun, même si à des degré divers, concourent à la prospérité de tous (un homme compétant est toujours un dieu à ceux qui font appel à ses services)
      • Il fait partie de ma félicité que les autres soient heureux aussi : un altruisme qui est un égoïsme bien compris. Je suis plus heureux à l’être avec les autres qu’à l’être tout seul, comme je suis plus intelligent par les autres que dans la solitude
==================== LEXIQUE =======================

connaissance : une réflexion claire et organisée et qui comprend ce qui se passe

essence = la nature de la chose qui est dans l’éternité (i.e. indépendante du temps)

éthique = un ensemble de principes pour la conduite de sa vie

épistémologie : théorie de la connaissance

idée : c’est une activité de la pensée qui a un objet

l’idéat est l’objet de l’idée

connaissance intuitive : intuition vient du latin intuiteri = voir, c’est une connaissance immédiate, on ne raisonne pas

l’immanence : tout se passe ici

Nirvana = suppression du désir pour supprimer la souffrance, la sérénité vide

ontologie = philosophie de l’être

  • une ontologie moniste chez Spinoza

philosophie : naît avec l’étonnement, on se pose des questions, comme les enfants

  • « Nous naissons tous philosophes, certains le demeurent » M.Onfray

substance : c’est e.g. le plastique de la table qui ne change pas et qui est en dessous des qualités (ce qu’on voit, le rouge de la table)

  • On oppose substance et qualités qui elles sont contingentes et qui peuvent être variables (elles sont portées par la substance)
  • La substance est derrière les aspects de la matière (les qualités visibles) et est qque chose de stable (e.g. les atomes)
  • Sans la substance (le support) il ne peut y avoir les qualités apparentes

valeurs : des buts pour l’action dignes d’être poursuivis

=================== CONFERENCES / MOOC / DOCUMENTATION =================

Baruch Spinoza >>> https://fr.wikipedia.org/wiki/Baruch_Spinoza

BARUCH SPINOZA (1632-1677) – Une vie, une œuvre [1986] >>> https://www.youtube.com/watch?v=E-kkOsU5qPY

Frédéric LENOIR, conférence « Le miracle Spinoza » >>> https://www.youtube.com/watch?v=mbDxvS5UWmU

Le bonheur selon Spinoza, les Racines du Ciel avec Bruno Giuliani >>> https://www.youtube.com/watch?v=owd_EhQb2WE

Les cours de Gilles Deleuze sur Spinoza, séance 1 >>> https://www.youtube.com/watch?v=EK2u798HgK4

Leçon sur l’éthique – première partie – De Dieu – 1/7 >>>

https://www.canal-u.tv/video/ecole_normale_superieure_de_lyon/lecon_sur_l_ethique_premiere_partie_de_dieu_1_7.18946

L’Éthique de Spinoza (1/4) : De Dieu >>> https://www.youtube.com/watch?v=6xatl_FL85g&t=3s

Robert Misrahi – Le désir et les affects chez Spinoza >>> https://www.youtube.com/watch?v=tt-0TYjoLGg

Les voyages de Robert MISRAHI >>> https://www.dailymotion.com/video/xrz7b9

Robert MISRAHI « Chemin de traverse » >>> https://www.dailymotion.com/video/xpdegh

La Nacre et le rocher : une autobiographie de Robert Misrahi >>>

https://www.franceculture.fr/emissions/les-chemins-de-la-philosophie/les-philosophes-par-eux-memes-44-la-nacre-et-le-rocher-une

Cours de Robert Misrahi sur Spinoza >>> http://www.akadem.org/sommaire/cours/les-penseurs-juifs-de-l-universel-spinoza/la-revolution-spinoza-03-02-2006-6604_4259.php

Ep1 LE DIEU DE SPINOZA / L’Esprit peut-il agir sur le Corps ? >>> https://www.youtube.com/watch?v=oM-omuYJijw&t=99s

Augustin Giovannoni – Spinoza ½ >>> https://www.youtube.com/watch?v=FpDtENJ96ng

Alain, Spinoza >>> http://classiques.uqac.ca/classiques/Alain/spinoza/Alain_spinoza.pdf

Robert Misrahi, Éthique, de Spinoza : Traduction, Introduction, Commentaires et Index, Paris, Presses universitaires de France, 1990, 1993 et Éditions de l’Éclat, Le Livre de Poche, 2005.

Robert Misrahi, 100 mots sur l’Éthique de Spinoza, Paris, les Empêcheurs de penser en rond, 2005, 408 p. (ISBN 9782846710657)

100 mots pour construire son bonheur, Paris, les Empêcheurs de penser en rond, 2004

L’être et la joie, Perspectives synthétiques sur le spinozisme, Paris, Belles Lettres, coll. « Encre marine », 1997